L’histoire du restaurant Lapérouse

Un lieu chargé d’histoire, un monument du patrimoine historique de la capitale. Si Lapérouse est aujourd’hui un restaurant, il est avant tout une adresse mythique pour les Parisiens, car depuis 1766 il fait partie du patrimoine culturel et historique de « la ville lumière ».

A l'angle du quai et de la rue des Grands Augustins
C’est à Forget, un maître des eaux et forêts de Louis XIV, que Lefèvre, son limonadier, racheta en 1766 un petit hôtel particulier sur les quais de Seine. Le limonadier transforme l’établissement en «marchand de vin» ; non loin le couvent des Grands Augustins est détruit pour être remplacé par un commerce de volailles et de gibiers. Parmi ces commerces de bouche, Lefèvre arrive en tête par la qualité des bouteilles et des mets qu’il sert. Son établissement connaît un franc succès et le restaurant est fréquenté par les mandataires du marché, les employés et les clients qui s’y livrent en grandes ripailles et joyeuses beuveries.

La criminalité étant importante à l’époque, Lefèvre décide de mettre à la disposition de sa clientèle les chambres de domestiques du 1 er étage. Les petits salons de Lapérouse sont nés !

En 1850, c’est là le rendez-vous du Tout-Paris littéraire, politique et galant. En témoignent les petits portraits accrochés aux murs de George Sand, Emile Zola, Gustave Flaubert, Victor Hugo, Charles Baudelaire, Guy de Maupassant, Alfred de Musset. Cette intelligentsia tient le nouveau propriétaire, Jules Lapérouse, en grande estime. En 1878, celui-ci donnera son nom à l’enseigne en hommage aussi à l’illustre navigateur, Jean-François Lapérouse, d’où la confusion dans certains esprits.

Plus tard, Auguste Escoffier prend les rênes de l’établissement et des cuisines donnant au lieu de très hautes lettres de noblesse gastronomique. Appelé «le cuisinier des rois et le roi des cuisiniers», Escoffier est bien le symbole de la haute gastronomie française.

En 1870 disparaît le marché, puisqu’on construit les Halles Baltard, et si la clientèle des gastronomes ne vient plus chez Lapérouse, elle est vite remplacée par celle des industriels du livre, des éditeurs et des auteurs qui viennent là pour des occasions galantes. La loi française de l’époque enlevait toute validité à un constat d’adultère fait dans un lieu public. La légende dit qu’un escalier dérobé taillé dans la pierre permettait d’accéder au Sénat sans être vu ! On dit que les cocottes complaisantes envers les vieux Messieurs, mais pas pour autant naïves et dénuées d’intérêts financiers, vérifiaient la validité des diamants reçus en gravant leur nom sur des miroirs à l’aide de la pierre, histoire de s’assurer que les largesses esthétiques n’étaient pas récompensées par un vulgaire caillou de verre. La légende court, les légendes amusent et font rêver… toujours est-il que le lieu a été réellement le théâtre d’amusements de gourgandines et de gentilshommes en mal d’affection ! Dans les petits salons, le personnel n’entrait pour servir qu’après appel de la sonnette. Aujourd’hui encore, on peut sonner le maître d’hôtel pour réclamer un verre de vin et il ne viendra poser et débarrasser plats et assiettes qu’après avoir élégamment frappé à la porte… au cas où le suggestif canapé du salon aurait servi !

Aux grands noms d’antan, de plus récents dans la politique et le show bizz ont succédé. Après Eugène Delacroix, Hector Berlioz, Sarah Bernhardt, Orson Welles ; Serge Gainsbourg qui y rencontra Jane Birkin ; Lapérouse a vu défiler Mikhaïl Bakounine, le duc de Windsor et Wallis Simpson, François Mitterrand.
Tout un chacun est heureux de pouvoir s’enfermer dans un petit salon qui ne trahira jamais les secrets, les paroles, les actes qui s’y sont déroulés.
Article publié le 10 janvier 2011

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  • cardinal
    cardinal
    effectivement, il ne faut pas confondre le restaurateur Jules Lapérouse et l'illustre navigateur jean-François de La Pérouse, artisan de la mission que le roi Louis XVI lui a confié ;
    Excellent article, par ailleurs !
    Cardinal

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