D’amour et d’art, de design et d’architecture

L’exposition Couples modernes explore le processus créatif généré par les relations amoureuses des artistes !

Un couple caché et une œuvre féministe : habitation E 1027, combinaison des noms et prénoms des deux architectes : E pour Eileen, 10 pour le J de Jean, dixième lettre de l’alphabet, 2 pour le B de Badovici et 7 pour le G de Gray. Intérieur du living-room, publié dans Eileen Gray et Jean Badovici, E 1017.

Dans les secrets de l’alchimie créative

On dit que les artistes sont difficiles à vivre, car égocentriques et exclusifs. Leur amour de l’art et de leur œuvre passe avant toute relation affective. Mais quand deux créatifs tombent amoureux, ça donne quoi ? L’amour et la créativité peuvent aussi aller de pair. Et les rencontres sont souvent des doubles coups de cœur, à la fois personnels et professionnels. Lorsqu’ils sont ensemble, comment les artistes gèrent-ils leurs carrières respectives et parallèles, leur succès commun ou pas, leur vie privée, leur éventuelle progéniture ? Doivent-ils les sacrifier ? La femme plutôt que l’homme ? Et n’y-a-t-il pas une rivalité inhérente entre eux ? L’un deux ne doit-il pas nécessairement rester dans l’ombre ? Doivent-ils vivre et travailler ensemble ? A une période de l’histoire où de nombreux métiers des arts étaient encore l’apanage des hommes, on imagine les réponses…Même au Bauhaus, les femmes élèves étaient inscrites dans la section textile… 

Cette exposition, qui explore le parcours et les créations de 40 couples de créateurs dans la première partie du XXème siècle, montre aussi comment chaque duo a géré ces choix difficiles. Mais elle raconte aussi de belles expériences de vies, des complicités, des partages et des enrichissements intellectuels. Que l’on épouse son double ou son contraire, dans le domaine des arts, il faut autant de points communs que de différences pour que la passion perdure… Les artistes se rencontrent souvent sur les bancs de l’école, mais la suite ils l’écrivent à travers leurs œuvres communes ou respectives. Et leur histoire intime leur appartient.  

Un couple complice et une œuvre fusionnelle : Aino et Alvar Aalto ont collaboré jusqu’à la mort prématurée d’Aino. Ici, à New-York, au printemps 1939, lors de la construction du pavillon finlandais à l’exposition internationale de New-York conçu par Aino et Alvar. Et, en 1939, la devanture du premier magasin Artek ouvert à Helsinski, en 1936, qui s’accompagnait d’un bureau d’études et d’une galerie d’art contemporain.
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Un couple complice et une œuvre fusionnelle : Aino et Alvar Aalto ont collaboré jusqu’à la mort prématurée d’Aino. Ici, à New-York, au printemps 1939, lors de la construction du pavillon finlandais à l’exposition internationale de New-York conçu par Aino et Alvar. Et, en 1939, la devanture du premier magasin Artek ouvert à Helsinski, en 1936, qui s’accompagnait d’un bureau d’études et d’une galerie d’art contemporain.
©Modern Print Alvar Aalto Fondation

L’amour ne fait pas tout

L’exemple de Pablo Picasso et Dora Maar est l’un des plus évidents en termes de pouvoir de destruction de l’œuvre à travers le couple. Le roman de Zoé Valdès, La Femme qui pleure en dit long sur la souffrance de la muse, qui abandonne ses activités de photographe et peintre, terrassée par la puissance du grand maître Picasso. Prenons comme contre-exemple, un couple emblématique Charles & Ray Eames qui ont toujours signé ensemble leurs créations. Un duo formidable et un tandem créatif parfait du good design. Il se soude lorsque Ray abandonne sa collaboration avec Eero Saarinen dans la création de la Casa Study house n° 8 de Pacific Palissades, près de Los Angeles, pour la poursuivre avec Ray. Avec elle, il a déjà expérimenté les premiers contreplaqués moulés. Et ces deux-là, ils ont compris qu’il fallait se partager le boulot. Dans le cadre de la conception des objets, c’est Charles qui s’occupe de la technique et de la fabrication tandis que Ray conçoit les formes et les dote de qualités spatiales. Une séparation des tâches un peu classique, mais déjà très progressiste pour l’époque !

Un couple emblématique et une œuvre à 4 mains : Charles et Ray Eames qui ont révolutionné le design, posant sur la structure en acier de la Casa Study House n° 8, symbole de leur passion commune pour la modernité, qu’ils ont occupé à partir de 1949. Modern Print.
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Un couple emblématique et une œuvre à 4 mains : Charles et Ray Eames qui ont révolutionné le design, posant sur la structure en acier de la Casa Study House n° 8, symbole de leur passion commune pour la modernité, qu’ils ont occupé à partir de 1949. Modern Print.
©1949-2018 Eames Office LLC

Réussir ensemble ou seul

Quant à Aino et Alvar Aalto, si on ne cite généralement que l’homme, la carrière est tout autre. Tous deux architectes de l’Institut polytechnique d’Helsinki, Aino Marsio et Alvar Aalto se sont mariés en 1924, peu de temps après l’arrivée d’Aino dans l’agence ouverte par Alvar, qui a affiché publiquement sa préférence. Mais elle, elle travaillait et partageait une vision commune de l’architecture avec son époux. Une belle histoire d’amour, on a le droit d’y croire, non ? En tous cas, l’union a largement profité à l’œuvre innovante qui a abouti à la création de la firme de meubles Artek toujours en activité. Mais les histoires d’amour ne durent pas toujours et ça c’est vraiment injuste ! La revanche des femmes designers, elle a été prise par la célèbre architecte et designer Eileen Gray dont le travail et la notoriété, à titre posthume, ont été largement célébrés dans des ouvrages, des expositions et à travers les rééditions de ses meubles emblématiques. Et sa villa E 1027, pourtant une œuvre commune, est toujours debout et bien conservée. Quant au travail personnel de son compagnon, l’architecte roumain Jean Badovici, qui a permis à Eileen Gray de basculer de l’Art déco vers la modernité, il a été minoré voire quelque peu oublié… Comme quoi, en amour, il ne faut jurer de rien !  Quant aux autres histoires d’art et d’amour de ces duos pionniers de la modernité, si vous ne les connaissez pas, on vous les laisse découvrir…

Contact :
Jusqu’au 20 août 2018, exposition Couples modernes
Centre Georges Pompidou-Metz

1, Parvis des Droits de l’Homme
57020 Metz
www.centrepompidou-metz.com

Un couple miroir et une œuvre qui dialogue : le travail textile d’Annelise (Fleischmann) Albers répond à la composition géométrique de Josef Albers.
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Un couple miroir et une œuvre qui dialogue : le travail textile d’Annelise (Fleischmann) Albers répond à la composition géométrique de Josef Albers.
©Adagp, Paris 2018

Légende complète sur Annelise et Josef Albers : "Un couple miroir et une œuvre qui dialogue : le travail textile d’Annelise (Fleischmann) Albers témoigne des limites autorisées aux femmes dans l’école du Bauhaus. Avec Josef Albers qu’elle a rencontré dans cet établissement et qui deviendra peintre et enseignant, aucun travail en commun, mais des recherches qui témoignent d’un engouement partagé pour les compositions géométriques répétitives, l’abstraction et la couleur. Memo, Anni Albers, 1958 ; The Joseph H. Hirshhorn Bequest, 1981. Photographie de Cathy Carver. Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington, D.C. Affectionate (Homage to the Square), Huile sur Isorel, 81 x 81 cm. Collection Centre Pompidou, Paris. Musée national d’art moderne-Centre de création industrielle, Josef Albers, 1954."                       

Un couple en accord et des œuvres personnelles en résonance : Barbara Hepworth et Ben Nicholson se sont acheminés tous les deux vers l’abstraction et ont échangé leurs disciplines pour mieux se comprendre. Sphere and Hollow III, Barbara Hepworth Conoid, 1937.
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Un couple en accord et des œuvres personnelles en résonance : Barbara Hepworth et Ben Nicholson se sont acheminés tous les deux vers l’abstraction et ont échangé leurs disciplines pour mieux se comprendre. Sphere and Hollow III, Barbara Hepworth Conoid, 1937.
©Bowness © Government Art Collection

Un couple séparé et deux œuvres fortes : la « colombe », âgée de 15 ans a eu le coup de foudre pour l’« éléphant », de 36 ans, en 1922. Diego Rivera et Frida Kahlo ont travaillé dans des maisons-ateliers jumeaux et voisins pour construire une œuvre personnelle et puissante en parallèle d’une vie amoureuse tumultueuse, animée par leurs tempéraments volcaniques. Vue de la Casa Estudio.
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Un couple séparé et deux œuvres fortes : la « colombe », âgée de 15 ans a eu le coup de foudre pour l’« éléphant », de 36 ans, en 1922. Diego Rivera et Frida Kahlo ont travaillé dans des maisons-ateliers jumeaux et voisins pour construire une œuvre personnelle et puissante en parallèle d’une vie amoureuse tumultueuse, animée par leurs tempéraments volcaniques. Vue de la Casa Estudio.
©Museo casa estudio Diego Rivera y Frida Kahlo

Maquette de la Casa Estudio de Diego Rivera et Frida Kahlo conçue par Juan 0’Gorman à San Angel, Mexico. Maquette : Ecole nationale supérieure d’architecture de Nancy, 2010. Commissaires d’exposition : Laurent Beaudouin et Danièle Pauly Wintz. Coordination : Laurent Beaudouin et Jean-Marc Gaspari, 89 x 66 cm. Profondeur : 31,5 cm.
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Maquette de la Casa Estudio de Diego Rivera et Frida Kahlo conçue par Juan 0’Gorman à San Angel, Mexico. Maquette : Ecole nationale supérieure d’architecture de Nancy, 2010. Commissaires d’exposition : Laurent Beaudouin et Danièle Pauly Wintz. Coordination : Laurent Beaudouin et Jean-Marc Gaspari, 89 x 66 cm. Profondeur : 31,5 cm.
©Museo casa estudio Diego Rivera y Frida Kahlo

Un couple égalitaire et une œuvre d’influences : alors que Jean Arp réalise déjà des œuvres textiles lorsqu’il rencontre Sophie Taeuber en 1935, ils réaliseront ensuite ensemble des tapisseries qui montrent le style abstrait et géométrique précoce de Sophie mêlé à celui plus organique de Jean. Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp, Symétrie pathétique, 1916-1917 Paris.
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Un couple égalitaire et une œuvre d’influences : alors que Jean Arp réalise déjà des œuvres textiles lorsqu’il rencontre Sophie Taeuber en 1935, ils réaliseront ensuite ensemble des tapisseries qui montrent le style abstrait et géométrique précoce de Sophie mêlé à celui plus organique de Jean. Jean Arp et Sophie Taeuber-Arp, Symétrie pathétique, 1916-1917 Paris.
©Centre Pompidou, MNAM-CCI/Jacqueline Hyde

Un couple surréaliste et une œuvre mystique : au cœur du désert de l’Arizona à Sedona, Dorothea Tanning, artiste pluridisciplinaire et Max Ernst avec sa sculpture Capricorne, 1945. Photographie de John Kastnetsis.
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Un couple surréaliste et une œuvre mystique : au cœur du désert de l’Arizona à Sedona, Dorothea Tanning, artiste pluridisciplinaire et Max Ernst avec sa sculpture Capricorne, 1945. Photographie de John Kastnetsis.
©John Kastnetsis, Adagp, Paris 2017

Article publié le 15 juillet 2018

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