La Bénédictine : une jeune liqueur qui fête ses 500 ans !

Très féminine, la Bénédictine, célèbre cette année cinq siècles d’existence. Récit d’une légende gustative et œnologique.

On peut lire dans le vitrail "Véritable liqueur Bénédictine"
Qui n’a pas au moins une fois dans sa vie bu une Bénédictine ? Si la consommation s’est aujourd’hui considérablement modifiée (pour des cocktails), la Bénédictine se buvait, il y a encore 20 ans, en guise de digestif. Mais connaissez-vous tous les secrets de cet élixir ?

Histoire
C’est en 1505 qu’un moine vénitien, Bernardo Vincelli, s’installe dans la superbe abbaye de Fécamp en Haute Normandie. Appartenant à l’ordre des Bénédictins, Vincelli se plie à la rigueur de toutes les règles de St Benoît : prière, travail manuel et intellectuel. Intellectuel et herboriste inspiré, Vincelli profite des atouts de la situation géographique de Fécamp, trouve sur les falaises locales un grand nombre de plantes médicinales (angélique, mélisse, ysope) et en même temps peut se fournir en matières premières plus exotiques via le port et ses arrivages de bateaux ramenant des épices de contrées lointaines. Il concocte donc une boisson liquoreuse dont les vertus dépassent largement les frontières régionales puisqu’on dit que François 1er en aurait fait son élixir préféré. Pendant trois siècles les moines de l’abbaye distillent selon la recette établie en 1510. La Révolution aidant, l’intérêt pour la boisson disparaît et il faut attendre 1863 pour que la Bénédictine renaisse. En effet, le marchand de vin, Alexandre Le Grand (rien à voir avec l'empereur), redécouvre chez lui dans sa bibliothèque (toujours rien à voir avec la bibliothèque d'Alexandrie) un grimoire avec le traité d’alchimie de Dom Bernardo Vincelli et la recette de l’élixir. Il n’en faut pas plus à ce marchand de vin pour se passionner pour ce jus : il nomme la boisson Bénédictine et la fait revivre en France puis partout dans le monde. Cinq générations de Le Grand se penchent sur le berceau doré de la liqueur qui affichent aujourd’hui une production de 3 millions de bouteilles par an. En 1988, le dernier Le Grand vend la boisson à Martini et la marque est aujourd’hui détenue par Bacardi, ce groupe familial ayant racheté Martini en 1993.

Alchimie et élaboration
Le temps fait ici son œuvre car il faut patienter plus de deux ans avant de pouvoir goûter une Bénédictine. La boisson est élaborée par une équipe d’herboristes à partir de quelque 27 plantes sèches (angélique, thym, citron, safran, vanille, résine d’aloès, macis, clou de girofle, ect… ) dont le secret est jalousement gardé. Diverses préparations sont élaborées contenant néanmoins toutes les 3 plantes de base que sont la mélisse, l’ysope et l’angélique. Infusions, distillations souvent doubles s’effectuent dans les alambics de cuivre de l’époque du fondateur. Les alcoolats obtenus vieillissent séparément dans des fûts de chêne avant d’être assemblés. Des ajouts de miel, de safran précèdent la chauffe et le vieillissement pendant 4 mois encore avant une ultime maturité pendant près de deux ans.

Une architecture inouïe : le Palais Bénédictine
Grandiose, le Palais Bénédictine est le fruit de l’imaginaire mégalomane du fondateur visionnaire, Alexandre Le Grand. L’usine est donc construite en un immense palais qui voit le jour en 1888 sous les coups de pioche de Camille Albert, un architecte dans la mouvance de Viollet-le-Duc. Mais le palais est à peine construit qu’il est détruit par les flammes et rebâti encore plus grand dans un étonnant mélange gothique et renaissance avec de nombreux éléments d’architecture religieuse en hommage à l’abbaye initiale. Cette construction éclectique se visite aujourd’hui et est l’occasion d’y admirer des expositions d’œuvres ultra contemporaines. Du 13 mai au 17 octobre, des artistes tels que Klein, Collis, Mercier, Montaron, Balula, Panchal Richer exposent leurs travaux sur l’alchimie. « Les élixirs de panacée » sont donc la thématique choisie pour cette année anniversaire, la maison exposant régulièrement et généralement trois fois par an des artistes modernes comme Dali, Niki de St Phalle ou Belmondo.


Palais Bénédictine
110, rue Alexandre Le Grand
76400 Fécamp
www.benedictine.fr
Article publié le 23 juin 2010

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