La cranberry, baie acidulée

Autrefois consommée par les marins craignant le scorbut, la cranberry, gorgée d’antioxydants, coiffe au poteau nombre de ses congénères fruitiers comme source de l’éternelle jeunesse. Faiblement calorique, réduisant le risque de cancer et riche d’un jus qui apaiserait les infections urinaires, la chétive baie est devenue la grande favorite de nos menus.

Délicieuse fraîche, la cranberry supporte aussi très bien la congélation

Canneberge, airelle des marais, bleuet, atoca…chapelet de noms qu’il semble chimérique de vouloir égrener, affublant notre baie d’un certain apparat nominal. C’est cependant sous sa désignation anglo-saxonne « cranberry » qu’elle a fait, cette année, son entrée dans le Petit Robert. Simple effet de mode linguistique qui tend à emprunter nombre de mots à nos amis d’outre-Atlantique ou reflet des us et coutumes culinaires de ces derniers qui sont friands de ce fruit depuis des lustres?

C’est sur des sarments rampants irradiant dans les tourbières marécageuses des régions froides, d’Amérique du Nord plus particulièrement, que s’épanouit la cranberry. Les fleurs roses qui parent les rameaux minces et tortueux des arbustes au printemps rappellent le port de tête élégant de la grue, échassier à l’origine du nom de la baie – grue se traduisant par « crane » en anglais. Méconnue des colons partis à l’assaut du nouveau monde, il ne fait presque pas l’ombre d’un doute que la cranberry figurait parmi les comestibles que les indiens leur offrirent. Une fois l’an, à l’automne, elle ajoute une touche colorée aux tables de fête en agrémentant l’incontournable dinde de Thanksgiving, jour d’Action de grâce.

Pourpres, ces cousines de la myrtille sentent la verdeur de l’année. Leur acidité chatouille le palais et leur âpreté leur confère mordant et insolence, même lorsqu’elles atteignent la plénitude de l’épanouissement en septembre. La légende veut qu’un instituteur estropié du New Jersey, cultivateur à ses heures, ait jeté ses cranberries du haut de l’escalier menant au grenier de sa grange, incapable de les descendre d’une façon plus conventionnelle à cause de son handicap. Quelle ne fut pas sa surprise lorsqu’il s’aperçut que seuls les fruits frais rebondissaient jusqu’au bas des marches et que ceux trop abîmés s’échouaient mollement en parcours. Les industriels d’aujourd’hui se sont inspirés de cette technique pour s’assurer de la primeur de leur récolte.

La saveur acidulée de la cranberry donnera à vos préparations une complexité intéressante. Sèches ou fraîches, elles garnissent à merveille tartes, scones, pancakes et enjolivent sauces, chutneys, salades et tagines. Les joyeux drilles apprécieront de l’associer à de la vodka ou de la tequila pour relever maints cocktails comme le cosmopolitan, ou encore pour revisiter une margarita.

Article publié le 28 février 2011

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  • Richard
    Richard
    Canneberge

    En français, "cranberry", c'est "canneberge". Après tout, ça pousse chez nous... quoiqu'en dise le Petit Robert!
  • Le nom français de ce fruit est "canneberge" n'en déplaise aux anglomaniaques !
  • Si elles sont parentes, cranberries, canneberges et airelles sont singulières - elles n'ont ni la même taille, ni les mêmes origines géographiques, ni les mêmes propriétés. User du terme anglais ne dénote donc en aucun cas d'une quelconque frénésie linguistique, ni d'une affection toute particulière envers cette si belle langue.

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