Darjeeling, le champagne des thés d’Inde

Il est l’excellence des thés fermentés, apprécié de façon naturelle par les Français, les Allemands et les Japonais, ou avec un nuage de lait par les Britanniques. Quant aux Indiens qui le produisent, incorrigibles, ils ajoutent même du lait et du sucre !

Tea time avec une tasse de Darjeeling
Voir plus : boîte à thé, théière
La situation géographique est exceptionnelle : les feuilles de Darjeeling se cultivent en effet sur les contreforts de l’Himalaya, au nord-est de l’Inde, dans cette enclave du Bengale occidental, entre 1 000 et 2 400 mètres d’altitude, à la frontière du Népal à l’ouest et du petit royaume du Sikkim au nord. La surface ? Pas moins de 22.000 hectares répartis tout autour de ce « paradis des orages » qu’est Darjeeling. Les températures varient de 8° C en décembre et janvier à 25°C l’été. D’ailleurs, les Britanniques huppés qui vivaient à Delhi venaient passer l’été dans les collines de Darjeeling pour y trouver un climat plus doux. Des brumes se forment pendant la mousson (de juin à octobre) ; les pluies sont abondantes, notamment sur le versant sud pendant l’hiver, alors que sur la façade nord, il y a des risques de gel en plus de la pluie.
Dès les années 1850, alors que les Anglais cherchaient de nouveaux débouchés pour la production du thé, les premiers jardins furent créés sous l’impulsion du botaniste anglais Robert Fortune. Aujourd’hui on compte environ 85 jardins répartis sur sept districts cultivés pour la plupart de façon biologique.

Deux récoltes principales

Dans la ville grouillante de Darjeeling les nostalgiques de la grande époque de la colonisation, peuvent encore se rendre au « Tea Planter’s Club » qui a été rénové, ou à l’hôtel ancestral Windamere, un rien suranné mais dont l’atmosphère douillette rappelle les séjours d’Agatha Christie ou de l’Aga Khan, lui qui jouait du piano dans un des salons. Service toujours en gants blancs. On peut y lire Daphné du Maurier ou Rudyard Kipling en prenant le thé l’après-midi, toujours servi à heure fixe avec des scones et de la marmelade…
Mais le thé de Darjeeling (tannique et rempli de théine) est réputé pour ses récoltes bien singulières, l’une de printemps, l’autre d’été : la première (first flush), de la fin février à la mi-avril, et la deuxième (second flush) de la mi-mai au début juillet. Ainsi la récolte de printemps est la plus prisée car les feuilles sont plus vertes, plus jeunes, plus tendres, donnant un thé racé, incomparable, à la liqueur jaune pâle, des notes d’amande verte au goût, d’une grande fraîcheur avec une astringence prononcée. La récolte d’été donne des feuilles plus sombres et une liqueur couleur bouton d’or, parfois plus ambrée, et une saveur au goût de châtaigne grillée, de muscat, ou d’orchidée blanche, toute en rondeur. On infuse alors le Darjeeling autour de trois à quatre minutes en prenant soin de bien retirer les feuilles après infusion pour éviter la présence d’une trop grande astringence en arrière goût. Les amateurs apprécient sa longue rétro-olfaction en bouche. Accord parfait ? Des financiers, des madeleines une salade de pêche.
Le « Rohni », jardin de moyenne altitude appartenant à la même famille déjà propriétaire du jardin « Gopaldhara », produit une trentaine de tonnes par an. Ce thé de première récolte savoureux est aujourd’hui disponible dans la nouvelle boutique des Thés George Cannon, « Les sens du thé », 12, rue Notre Dame des Champs, Paris 6e, ou au Parti du Thé, 34, rue Faidherbe, Paris 11e.
Un conseil : on peut déguster les thés de printemps (matin ou après-midi) deux à trois mois après leur commercialisation, leur goût sera d’autant plus ample en bouche. Mais il faut bien en préserver ses arômes dans des boites hermétiques.
Déception : 2009 n’est pas une grande année pour les premières récoltes à cause de la grande sécheresse rencontrée dans la région.
Jardins de Darjeeling réputés : Makaibari, Singbulli, Thurbo, Puttabong, Namring, Phuguri, Sungma. Passons en revue trois emblématiques du Darjeeling grand cru :

Castleton
Jardin situé à environ 2.200 m d’altitude, près de la ville de Kurséong, Castleton est l’un des plus réputés de Darjeeling, l’un des plus connus aussi en France et des plus diffusés dans les salons de thé. Également de culture traditionnelle, Castleton appartient au groupe « Goodricke », propriétaire de treize jardins dont Goomtee et Jungpana.
Thé de première récolte de printemps très réputé pour ses saveurs d’amande fraîche.

Chamong
Jardin entièrement biologique très apprécié des connaisseurs. Au cœur d’une montagne s’élevant à 2360 m dans le district de Rungbong, sur la route de la frontière népalaise, ce jardin bénéficie de parcelles d’une rare beauté. La première récolte qui en est produite est toujours appréciée pour la finesse de son parfum typique des premières récoltes. Suave, léger, goût subtil de noisette avec des pointes d’astringence.

Jungpana
« Douce jeune fille ». Jardin fondé en 1889, au nord-est de Darjeeling. Culturelle traditionnelle répartie sur 770 hectares. Production de 5 à 6 tonnes par an. Altitude d’environ 2000 m. Il faut grimper pendant au moins une demi-heure pour atteindre la manufacture, nichée sur un véritable promontoire. On traverse alors un des plus beaux paysage de la région de Darjeeling : rochers, cascade, pierres, grands arbres, fleurs, chemins escarpés.
Belles feuilles de première récolte avec une liqueur claire donnant un goût suave de muscat, aux notes fleuries.

À déguster frais : pour un litre, environ 25 gr de thé dans une carafe remplie d’eau filtrée ou d’eau à PH neutre (type Cristalline ou Volvic) : laissez reposer trois à quatre heures dans le bas du réfrigérateur, filtrez et servez. On peut ajouter des pétales de rose pendant la dernière heure d’infusion, qu’il faudra retirer avant de servir.
Article publié le 8 juillet 2009

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