Thé ou café ? Traité d’un vain combat

Un dicton chinois le claironne : « Si on prépare précipitamment le thé et si on le verse, le résultat sera comme un enfant qui n’est pas encore capable de sourire. Et quelle tristesse de voir un enfant, le visage fermé. » Boisson ancestrale, le thé n’est jamais meilleur que lorsqu’il se soumet à un rituel. Et ce rituel doit respecter la qualité de l’eau, sa température, le choix de la théière et, bien sûr, le temps d’infusion. C’est pourquoi le thé est une boisson à part, singulière par essence.

La tradition du petit noir
Le temps semble s’accélérer lorsqu’on boit un café car sa préparation est quasi instantanée. Si Balzac, dans un célèbre traité des excitants modernes, réunissait thé et café et même chocolat dans une même famille, il faisait cependant la différence entre ses consommateurs les plus tenaces. La caféine contenue dans le café sera toujours plus violente que celle absorbée par les feuilles de thé. Quand le buveur de café boit son petit noir debout au comptoir, le buveur de thé s’assoit à une table. Toute la différence est de nature physique, certains psychanalystes diraient « spatio-temporelle »….

Le thé provoque autant de débats que de passion, puisqu’il est une boisson aux mille visages, aux mille sensations. On aime le thé car il possède la plus grande des variétés gustatives (herbacée, florale, végétale…). Il rassemble toutes les saveurs du monde, des continents les plus chauds, faisant mentir Marco Polo qui le réduisait à une potion médicinale et donne raison à un de ses apôtres les plus ambitieux, Sen no Rikyu, qui l’avait élevé, au Japon, au rang de trésor national.

Après tout, le premier à l’avoir fait connaître en son temps avec des règles qui peuvent faire penser au marketing moderne n’est autre qu’un Anglais, Thomas Lipton, qui inventa la formule magique à faire rêver les buveurs de thé les plus réservés : «Directement de la plantation à la tasse de thé.» Publicitaire né, il n’avait pas hésité à inscrire son nom en gros sur les ballots de thé pour que chaque buveur de thé se souvienne de cette « marque » qui irait conquérir le monde entier. Aujourd’hui, nul doute qu’il ferait un triomphe avec la vogue du « bio » mis à toutes les sauces. Dans le monde du café, seul Jacques Vabre pourrait prétendre à être le Lipton des petits grains noirs.

Cependant, à l’heure de la mondialisation et de l’uniformisation, le café en grain comme le thé en vrac sont des valeurs sûres, qu’elles soient industrielles ou artisanales. Quel buveur de café ne possède pas sa «machine» personnelle, et quel buveur de thé ne chouchoute pas ses théières réservées à ses thés préférés ?

Le buveur de café comme le buveur de thé sont des maniaques, on le sait bien. Et cette exigence que chacun met un point d’honneur à respecter, que l’on soit homme ou femme, va jusqu’au choix de la tasse, petite et plus étroite pour le café, plus grande et plus évasée pour le thé. De là à dire que le buveur de café est un être viril et le buveur de thé un être efféminé, un macho contre une femmelette, la querelle serait bien mesquine…. Surtout que les seconds pourraient rétorquer qu’il existe plus de buveurs de thé dans le monde, homme et femmes réunis, que de buveurs de café ! Vaine querelle donc…

Pour les réunir dans une même addiction, sans les départager car cela serait un combat perdu, mieux vaut alors citer les paroles de Martin Luther King qui déclara un jour dans un discours : « À table, nous buvons du café fourni par un Sud-Américain, du thé par un Chinois, ou du cacao par un Africain. Avant de partir à notre travail, nous sommes redevables à plus de la moitié du monde».
Article publié le 8 avril 2010

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