Des bleus d’ailleurs

Couleur de mer et d’azur, mais aussi de terre, le bleu s’inscrit dans nos racines profondes. Il nous revient dans sa splendeur nomade pour colorer nos intérieurs.

Fauteuil velours collection Opus chez Lelièvre
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Pris dans sa palette la plus universelle, le bleu signe une transhumance culturelle sans équivalent. Arrivant de Chine et du Japon, de Perse et de Turquie, des Indes et d’Afrique de l’Ouest, il conjugue l’art de ses différentes facettes de la céramique à la porcelaine de la table en passant par le textile, jusqu’à livrer sa profondeur pour se faire matière à part entière. Dans notre mémoire ancestrale et collective, il s’essaime pour définir des bleus singuliers tels celui de la porcelaine de Wedgwood ou ceux plus prononcés des carreaux de Delft ou encore des azulejos du Portugal. Une géographie artistique des bleus que revisite Yves Taralon pour Hermès livrant un service de table en porcelaine « bleus d’ailleurs » dont les formes comme les motifs géométriques teintés en aplats bleus bordés de noir font le jeu de réminiscences et d’architectures lointaines.

Sur l’autre rive du bleu, l’indigo se distingue dans sa modernité. Là encore, on joue une nouvelle partition de son savoir-faire dictée par son potentiel de créativité. Chez Home autour du Monde dans l’exposition « Moody Blues », l’indigo se décline tous azimuts faisant la part belle à tous les matériaux : céramique, porcelaine, silicone, bois, jusqu’aux textiles teints en fibres naturelles de Betty de Paris, artiste plasticienne experte en couleurs végétales … Ou encore quand la couleur sert de support, il fascine les jeunes designers de la Gallery Bensimon qui l’articulent dans des variations contemporaines inédites de structures et d’objets au design émotionnel.

Chez Merci, l’exposition « Universal Blue » qui se tiendra du 1er au 19 mars à l’occasion de la Fashion Week, sera mise en scène par Lidewij Edelkoort, partie prenante de l’association « Heartwear » et figure incontournable des tendances et de la couleur dans le monde de la mode et de l’art de vivre. Et, c’est dans l’expression culturelle d’un bleu qui voyage, de la tradition à la modernité, que seront réunis des objets de notre quotidien : draps et coussins en lin, assiettes et plats en porcelaine, une nouvelle collection signée Paola Navone pour Richard Ginori, les carnets aux graphismes inspirés réalisés par la jeune designer brésilienne Daniella Busarello mais aussi un artisanat d’exception véhiculé par l’association « Heartwear » dont la vocation est de soutenir, éditer et diffuser un artisanat respectueux des traditions et de l’environnement, notamment le fameux « yoruba blue » et tout son travail minutieux de motifs teints à l’indigo végétal…

Le bleu n’a pas de frontières et si l’indigo se célèbre de la sorte (ajoutons à la liste l’exposition très didactique sur le savoir-faire de l’indigo d’Aboubakar Fofana présentée au dernier Maison&Objet), c’est qu’il fait plus que jamais sens en matière d’éco-design. S’érigeant en manifeste écologique, cet « or bleu » est le premier dans la gamme des pigments végétaux. Ainsi, nous démontre–t-il l’immense potentiel d’un colorant naturel, disponible sur tous les continents, respectant les traditions de chacun, valorisant les rapports humains et traçant des ponts entre les civilisations. « Ancestral, sublime et emblématique, l’indigo est dans l’air du temps car il répond à l’influence ethnique qui traverse toutes les collections », souligne Yves Venot, directeur artistique chez Lelièvre. Et à l’heure du bio, nul doute qu’il s’inscrit plus que jamais dans la tendance d’un art de vivre aux vertus apaisantes mêlant élégance et authenticité !
Article publié le 5 février 2011

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