Les arachnides envahissent la décoration

Malgré une certaine répulsion, les arachnides ne cessent de fasciner, ce qui explique l’inspiration qu’ils évoquent dans l’univers du design et de la décoration, à l’image de l’œuvre de Louise Bourgeois.

Digne d’une œuvre imaginée par Tim Burton, cette chaise métallique Ragno est dessinée par le designer hollandais Erik Griffioen, qui privilégie la forme pour mettre en valeur la matière se transformant en araignée.

L’œuvre de la « femme araignée »

Née en 1911 à Paris, Louise Joséphine Bourgeois s’est affirmée comme l’artiste-plasticienne féminine du XXème siècle. Alors que ses parents sont restaurateurs de tapisseries anciennes, elle entre en contact pour la première fois avec l’art, en commençant à faire ses premiers pas dans le dessin à travers cet artisanat. Après une enfance perturbée, elle entreprend des études de mathématiques supérieures à la Sorbonne, afin de donner à sa vie de l’ordre et de la logique, mais la théorie l’ennuyant, elle s’en écarte rapidement. Préférant suivre des études d’art, Louise Bourgeois est acceptée à l’Ecole des Beaux-Arts. L’année 1937 va bouleverser sa vie par la rencontre de Robert Goldwater, qu’elle épouse pour le suivre au Etats-Unis. En contact avec le milieu des surréalistes, elle présente sa première exposition en 1945. D’une sensibilité extrême, Louise Bourgeois tente d’exprimer son anxiété, à travers des formes qu’elle change, détruit et reconstruit, afin de transformer ses démons en alliés. Proche d’une conception de l’art comme thérapie, elle exorcise son enfance à travers notamment le symbole de l’araignée, image de la mère.

Créée par Blueterracotta pour A Little Market, cette sculpture s’inspire d’une tradition anglaise, considérant l’araignée blanche comme porte-bonheur. Constitué d’un corps en tissu d’ameublement, elle pourrait faire oublier l’effroi que provoque la bête.
Afficher la galerie
Créée par Blueterracotta pour A Little Market, cette sculpture s’inspire d’une tradition anglaise, considérant l’araignée blanche comme porte-bonheur. Constitué d’un corps en tissu d’ameublement, elle pourrait faire oublier l’effroi que provoque la bête.
©Créateur Blueterracota sur A Little Market

La tisseuse du monde animal devient un pur motif décoratif, présentant parfois une certaine monumentalité, emprunte à une construction onirique. Figurée dans tous les matériaux, l’araignée devient une projection de Louise Bourgeois, où le fil de la toile s’incarne dans le trait du dessin. Si l’araignée renvoie au métier de sa mère comme réparatrice de tapisseries, elle s’associe à l’œuvre de l’artiste comme une toile d’émotions et de souvenirs qu’elle ne cesse de tisser, détisser et retisser. Si elle considère l’arachnide comme une amie, elle présente parfois une aura d’effroi, prête à réveiller les peurs et les phobies, afin de les transfigurer en plaisir dans un acte d’exorcisme. Il s’agit de provoquer une émotion, même extrême, chez l’observateur, où le pur esthétisme de l’araignée sert à dépasser ce cadre primitif. La contemplation de cette inquiétante étrangeté permet de réveiller une violence dans une dimension ironique, où la beauté se situe dans l’inattendu.

Conçu par le designer Romain Duclos, la table Mini Ragno V2 s’amuse à créer un entremêlement de fils jaunes à partir d’un piètement en métal rouge. Comme une araignée à sa toile, chaque modèle possède une composition unique.
Afficher la galerie
Conçu par le designer Romain Duclos, la table Mini Ragno V2 s’amuse à créer un entremêlement de fils jaunes à partir d’un piètement en métal rouge. Comme une araignée à sa toile, chaque modèle possède une composition unique.
©DR

Une araignée au plafond

Certes, de prime abord, le corps d’une araignée ne semble pas révéler d’une esthétique plaisante ; pourtant, il est devenu une source d’inspiration pour de nombreux designers. En effet, jouant sur le registre de l’effrayant, il s’agit de détourner le motif à travers le prisme de l’humour, pour apporter une touche d’originalité. Même si l’étrangeté participe à la surprise, il permet de donner un véritable caractère à la décoration par simples touches. L’araignée s’auréole d’un certain mystère, qui se répercute dans l’intérieur de la maison, en créant une ambiance poétique. Souvent colorée de noir pour correspondre à une image classique, elle se fond dans n’importe quel décor, où sur un mur uniformément blanc, elle se détachera dans une belle bichromie. Sans pour autant représenter la bête, les pattes arachnéennes sont un motif visuel souvent repris dans l’univers de la décoration. Avec leur forme effilée, elles confèrent à un meuble un aspect résolument moderne, comme pour la table basse de Loïc Kerisel. La répétition d’une même forme permet de donner un rythme, où le dynamisme s’intègre avec harmonie à la décoration. Si vous avez des enfants, ils seront habitués à son image, pouvant ainsi apprivoiser leur peur.

Avec son assise en fermetures à glissière et cravates en soie, le sofa Spider de BRC Designs s’amuse avec l’image de l’araignée pour la réinventer en meubles, où l’acier vient s’arquer pour former piétement et accoudoirs.
Afficher la galerie
Avec son assise en fermetures à glissière et cravates en soie, le sofa Spider de BRC Designs s’amuse avec l’image de l’araignée pour la réinventer en meubles, où l’acier vient s’arquer pour former piétement et accoudoirs.
©DR

Si la bête vous fait trop peur à voir, vous pouvez optez pour la mise en valeur de la toile. En effet, le tissage des fils de l’araignée permettent de créer une trame graphique, qui trouve son écho dans le monde de la décoration. A travers l’utilisation de voilages, vous pouvez garder cette impression sans pour autant figurer l’animal. De même, la toile se suffit à elle-même pour influencer les designers comme Thomas de Lussac avec son siège « Spider ». Il s’agit de valoriser le confort de l’assise en s’inspirant de la construction de l’araignée, reprenant le concept du biomimétisme qui tend à reproduire le savoir-faire naturel. Ainsi, la toile reproduite technologiquement s’adapte à la forme du corps et à sa position. De petits éléments, comme des aimants, apporteront un sentiment d’étrangeté, sans mettre mal à l’aise les arachnophobes. Dans une version stylisée, presque « cartoon », elle permet de renverser avec humour l’image d’effroi qu’elle peut renvoyer. Sur une lampe, par exemple, elle recrée une image de décor, digne d’un conte de fée.

A l’instar de la faucheuse, la structure en acier de la lampe Spider de Blackbody reprend la forme des longues pattes de l’araignée. Fonctionnant à la technologie OLED, elle fait preuve d’une certaine légèreté.
Afficher la galerie
A l’instar de la faucheuse, la structure en acier de la lampe Spider de Blackbody reprend la forme des longues pattes de l’araignée. Fonctionnant à la technologie OLED, elle fait preuve d’une certaine légèreté.
©DR

Suite à la peur qu’elle engendre, l’araignée est un motif visuel puissant, qui suscite une émotion particulière à sa vue. Loin de se satisfaire d’une décoration annuelle pour Halloween, cette créature inspire l’univers de la maison, comme autant de créatures de la nature.  

www.rlos-design.com
www.maisonsdumonde.com
www.blackbody-oled.com
www.erikgriffioen.nl
www.alittlemarket.com
www.propertyfurniture.com
www.frozzyeurope.com
www.woodzilla.fr
www.brcdesigns.com

En gris, blanc ou transparent, cette chaise Spider de Erresse Studio pour Property est en polycarbonate moulé, qui convient à une utilisation intérieure ou extérieure. Sur le dossier, la toile est stylisée, pour personnaliser le siège avec un code graphique discret.
Afficher la galerie
En gris, blanc ou transparent, cette chaise Spider de Erresse Studio pour Property est en polycarbonate moulé, qui convient à une utilisation intérieure ou extérieure. Sur le dossier, la toile est stylisée, pour personnaliser le siège avec un code graphique discret.
©DR

Article publié le 18 août 2012

Articles à lire sur le même sujet

Ajouter un commentaire