Les malles Louis Vuitton dévoilent l’intimité des hommes

Louis Vuitton connait un rayonnement international, qui pourrait se résumer au désormais célèbre monogramme de la maison de luxe. Incarnant l’identité de son propriétaire, la malle relève d’un processus de création, qui se situe à la jonction entre technique et art.

Un lit ? Une malle ? En fait, Louis Vuitton conçoit cette malle, pour qu’elle puisse se transformer en lit. Un détail qui veut dire beaucoup, puisqu’elle permet à l’explorateur Pierre Savorgnan de Brazza de parcourir l’Afrique avec simplicité.
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« Ouvre-moi ta malle et je te dirai qui tu es. » Tels pourraient être les mots, qui incarnent au mieux l’intimité contenue dans une malle de voyage. Le choix d’un bagage n’est pas issu du hasard, mais évoque la personnalité et l’identité de son propriétaire. Il suffit d’observer un bagage pour comprendre qu’il possède un langage, un sens caché. Depuis plus d’un siècle et demi, la maison de luxe Louis Vuitton tente d’assouvir les besoins et les envies de sa clientèle. De ce fait, l’histoire des malles se fait histoire des hommes.

Histoire d’une maison de luxe à la française

Né le 4 aout 1821, Louis Vuitton apprend à faire naître l’objet de la matière, en un mot à créer, auprès de son père, meunier et menuisier. Mais l’enfant rêve de quitter son village pour découvrir le monde. A l’âge de 14 ans, Louis Vuitton quitte le cocon familial, destination Paris, attiré comme un papillon par les lumières de la ville. Il entre comme apprenti chez un layetier-emballeur-malletier, où il s’occupe des nécessaires à voyage de riches clients. Grâce au développement de la machine à vapeur, le tourisme international prend un nouvel essor auprès des classes aisées. Rapidement, Louis Vuitton comprend que la création de bagages novateurs et de qualité va de pair avec l’air du temps.

Alors, il réalise des coffres de voyage, qui commence à avoir un certain succès, en s’appuyant sur son savoir-faire. Le bouche à oreille atteint l’impératrice Eugénie, qui demande à Louis Vuitton de s’occuper de sa toilette en particulier, déclamant au monde entier sa renommée. En 1854, la première boutique ouvre ses portes rue Neuves-des-Capucines, à Paris. En 1859, il déplace son atelier à Asnières-sur-Seine, avec pour avantage la proximité des transports fluviaux. Louis Vuitton comprend que la qualité doit être au rendez-vous pour assurer une certaine solidité à ses clients.

Une photographie de famille qui réunit Louis, Georges et Gaston-Louis Vuitton, avec les employés de leur atelier.
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Une photographie de famille qui réunit Louis, Georges et Gaston-Louis Vuitton, avec les employés de leur atelier.
©Archives Louis Vuitton

Les voyages se font de plus en plus loin et nécessitent des bagages étudiés pour faciliter le transport. Louis Vuitton innove en préférant la toile au bois, pour apporter de la légèreté aux malles, autrefois, si lourdes à porter. La matière nécessaire à ses bagages doit être étudiée pour être résistante, d’où la création de la toile Trianon. Astucieux, il produit des malles plates, pour en finir avec le bombé, ce qui permet de les empiler, et en facilitent leur transport. Le génie de Louis Vuitton est d’avoir personnalisé ses services, selon les envies et les besoins de ses clients. De ce fait, il conçoit des malles pouvant se transformer en valise, en bibliothèque, ou même en lit.

Son fils, Georges, reprend les rênes de l’entreprise, pour l’exporter à l’international. Les magasins pullulent dans les autres pays, comme une trainée de poudre qui s’embrase. Mais le revers de la médaille se fait sentir avec la multiplication des copies à bon marché. Pour enrayer ce marché noir, Georges Vuitton cherche à apporter un signe reconnaissable, qui prouvera la griffe de la maison. Ainsi, en 1896, il donne naissance au célèbre dessin aux initiales LV entrelacées, pour créer la mythique toile Monogram. En outre, il met au point un nouveau système de serrure, pour renforcer l’intimité de ses clients. Désormais, les malles ne s’ouvrent qu’avec la clé nécessaire, rendant impossible la violation de leur contenu.

Depuis, les générations se succèdent sans se ressembler, mais l’esprit Louis Vuitton reste au cœur de son ouvrage.

La malle courrier en toile rayée de 1885 de Louis Vuitton nous raconte l’Histoire des voyages, à travers les innovations qu’elle véhicule. Légère grâce à sa toile, elle prend une forme plate, ce qui facilite son transport, en les empilant les unes sur les autres.
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La malle courrier en toile rayée de 1885 de Louis Vuitton nous raconte l’Histoire des voyages, à travers les innovations qu’elle véhicule. Légère grâce à sa toile, elle prend une forme plate, ce qui facilite son transport, en les empilant les unes sur les autres.
©Collection Louis Vuitton / Antoine Jarrier, DR 10. Robe

Commandes privées : des malles d’exception

Louis Vuitton ressent très tôt cette sensation que la personnalisation des bagages sera la clé de son succès. A l’écoute de sa clientèle, il réalise ses œuvres en fonction des demandes, pour que le paquetage puisse correspondre en tous points aux attentes de son propriétaire. Il crée ainsi des malles munies d’aménagements intérieurs très spécifiques, pour faciliter le transport et l’accès aux vêtements. Chaque rangement est réfléchi, correspondant à un accessoire particulier, comme les casiers à chapeaux, en garantie d’un encombrement minimum. Le bagage n’est plus un simplement contenant. Selon les désirs, il peut devenir une penderie, pour éviter de déballer les affaires comme la Wardrobe de 1875, pouvant être personnalisée aux initiales du propriétaire. Ou un lit crée pour l’explorateur français Pierre Savorgnan de Brazza. Objet utilitaire par excellence, la malle Vuitton peut être destinée à transporter un nécessaire à café ou à thé, comme la tea-case du maharadjah de Baroda.

L’évolution des moyens de transport oblige à revoir la conception des bagages. Pour les airs, il crée une collection poids plume, concrétisée par l’Aero, un bagage en bois de peuplier, atteignant 26 kg, pour des dimensions de 82 x 46 x 33 cm. Alors que pour la terre, la malle s’adapte à la forme de l’automobile, à l’instar d’un coffre de voiture. Même les détails ont leur importance, puisqu’une poignée est installée, pour permettre la suspension du bagage dans les cabines de bateaux. Conçu en 1901, le Steamer Bag est un sac d’appoint qui, par sa forme, permet d’être rangé à plat, au fond d’une malle ou sur le marchepied d’une automobile. Œuvre entièrement vouée aux voyages et aux voyageurs, la malle Vuitton préfigure une autre page de l’Histoire, celle des voyages.

Cette malle Louis Vuitton de 1889 se veut le témoin d’une Histoire sur l’intimité. En dévoilant son contenu, un bagage en dit long sur son propriétaire, alors que fermé, il s’auréole d’une aura de mystère.
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Cette malle Louis Vuitton de 1889 se veut le témoin d’une Histoire sur l’intimité. En dévoilant son contenu, un bagage en dit long sur son propriétaire, alors que fermé, il s’auréole d’une aura de mystère.
©Jean Tholance

En 1890, « La Parfaite » est imaginée comme la malle idéale pour hommes. Cette œuvre présente un véritable tour de force, puisqu’elle est capable de contenir cinq costumes, un pardessus, dix-huit chemises, du petit linge, quatre paires de chaussures, un chapeau, trois cannes et un parapluie. Ainsi, la malle se doit de suivre l’évolution des modes masculine et féminine, offrant une histoire de l’intimité. Une aura de mystère entoure ces œuvres, à l’image d’une boîte à bijoux, munie d’un compartiment secret pour dissimuler la correspondance intime. Une occasion pour Louis Vuitton de multiplier les collaborations avec les designers de l’époque. Il s’associe par exemple avec Pierre Legrain, pour réaliser une coiffeuse gainée de galuchat. En 1925, le nécessaire de toilette Marthe Chenal présente un décor de flacons dessiné spécialement par Camille Cless-Brothier, connue pour son travail sur les cristalleries de Baccarat.

Depuis ces dernières années, les codes graphiques de la marque ont été repris maintes et maintes fois par des artistes d’horizons différents. En réinterprétant le répertoire des formes de la maison, le monde de l’Art associe le nom d’Andrée Putman, Sol Lewitt ou Philippe Starck aux initiales de Louis Vuitton. Cette consécration permet de mettre en avant un savoir-faire précieux, qui fait la renommée de la malle à travers le monde.

www.louisvuitton.fr

Article publié le 19 avril 2012

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