Bestiaire enchanté, vanités interprétées

Depuis ses poufs et coussins en tapisserie vintage, Frédérique Morrel poursuit son aventure décorative au second degré en créant un bestiaire fabuleux composé d’animaux de chasse incroyables et tapissés au point de croix. Cerfs, biches et lièvres se voient renaître dans des atours brodés inattendus. Le trophée n’est plus une tête coupée, mais plutôt une sorte de passe-muraille dont le reste du corps est resté derrière le mur. Un design d’idées en quelque sorte.

Tapissée de pied en cap, Frédérique Morel rêve d’un monde imaginaire naviguant entre plusieurs époques en ressuscitant l’art populaire du point de croix pour en habiller d’improbables revenants.
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Vos sources d’inspirations ?

Frédérique Morrel : Ma vie de tous les jours, à mi-chemin entre art de vivre et vivre d’art. Les trophées de ce bestiaire fantasmagorique sont une transposition en images et en histoires de ma vie, de mes sentiments, de mes émotions…  Un de mes thèmes fétiches demeure le Jardin d’Eden autour d’Adam et Eve, la création du monde puis à la vie de couple. Peu à peu et pas à pas, on passe doucement d’une histoire particulière à une histoire universelle. Avec humour et transposition directe, je procède à la récréation de mon monde.

Heads, ou la dualité du couple, thème cher à Frédérique Morrel.
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Heads, ou la dualité du couple, thème cher à Frédérique Morrel.
©Frédérique Morrel / Photo Philippe Cluzeau

Quelles sont les tapisseries les plus fréquentes ?

F. M. : Trois thèmes reviennent : la Dame à la Licorne, l’Angélus de Millet et la Liseuse de Fragonard.

Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus côtoie la Laitière de Vermeer, qui elle-même jouxte un poulbot rattaché à un couple nu enlacé sur une plage de sable fin au coucher du soleil, le corps en kit s'habille de mille et une façons.
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Sainte-Thérèse de l’Enfant Jésus côtoie la Laitière de Vermeer, qui elle-même jouxte un poulbot rattaché à un couple nu enlacé sur une plage de sable fin au coucher du soleil, le corps en kit s'habille de mille et une façons.
©Frédérique Morrel / Photo Philippe Cluzeau

Les thèmes de vos tapisseries réinterprétées sont-elles inspirées par le symbolisme ou l’hyperréalisme ?

F. M. : Le point de départ est ce qui existe. Comme matière première, j’utilise avant tout l’existant : des formes existantes et inspirées par la grandeur de la nature, mais aussi la main des autres, le regard des autres, le travail des autres dans un univers populaire qu’est la broderie et le canevas. Je me sens l’âme de remettre en musique les tapisseries anciennes pour devenir une sorte de réorganisatrice du monde. Actuellement, avec le grand retour du surréalisme, je construis des histoires au dessus du réel. Les animaux reviennent d’un monde passé et racontent leur histoire ré-idéalisée. Ainsi, je puise mes fantaisies jusque dans la mythologie, les écrits religieux, la Bible… La transformation arrive sous la forme d’animaux hybrides, parfois siamois ou bicéphales, mais aussi de chimères ou dragons…Il s’agit de faire un pont avec le temps.

Installation spectaculaire Rorsch'art pour le salon Maison & Objet en janvier 2012.
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Installation spectaculaire Rorsch'art pour le salon Maison & Objet en janvier 2012.
©Frédérique Morrel / Photo Philippe Cluzeau

Des projets particuliers ?

F. M. : Etant donné que nous évoluons entre le milieu de l’art et celui de la décoration, cela nous permet de naviguer dans différentes sphères, plusieurs univers créatifs. Certains trophées se retrouvent ainsi chez Joyce, célèbre concept-store de Hong Kong, mais aussi dans une exposition prochaine d’art contemporain à la Galerie Satellite à Paris, ou encore à la mythique Galerie Chevalier sur les quais de Seine et spécialisée depuis quatre génération en tapisseries anciennes et actuelles… Nous avons aussi au programme une expo à Boulogne et une à Aubusson.

Symbolisme pour l'Apple Paradise
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Symbolisme pour l'Apple Paradise
©Frédérique Morrel / Photo Philippe Cluzeau

Une envie ?

F. M. : J’adorerais imaginer une œuvre monumentale avec le Musée de Cluny et la célèbre « Dame à la Licorne » ; le concept en serait une installation géante, sorte de miracle, avec en fond un all over composé de verdure, végétaux, arbres divers… et devant des personnages et animaux en demi-relief puis en +3D qui en sortiraient. L’étape suivante serait de refaire passer la scène en 2D.

www.frederiquemorrel.com     

Article publié le 9 février 2012

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