La prospective du style selon François Delclaux (suite)

L'univers de la maison fait régulièrement appel à des spécialistes de la prospective, du style et des cahiers de tendances.

Coulures sur le double C de Chanel, Zeus
Quels sont les secteurs qui influencent le plus la maison ?

Je ne crois pas qu’on puisse parler de secteurs, dès lors qu’on admet la transversalité globale des influences et de ce que j’appellerai ici les « signes ». En revanche, au cours de la dernière décennie, un certain nombre de réalités ont influencé considérablement la maison et ça ne va que s’amplifier.

La mondialisation et la globalisation de l’économie, et son pendant l’hyper localisation, par exemple, ont transformé profondément les méthodes de création et de production des objets. De nouveaux marchés, de nouveaux territoires de production, comme de consommation des objets, sont apparus. De même, le multiculturalisme oblige à une nouvelle culture des identités et à une reconsidération des différences : la multiplication des singularités tisse des liens entre hommes et cultures, entre matières et gestes, entre artistique et artisanal, entre global et local.

Les notions de mixité et de diversité replacent aujourd’hui la différence culturelle au cœur d’un enjeu de création et non plus de standardisation. Aujourd’hui ce n’est plus tant la question du style ou de la forme qui influence le plus la naissance du produit, que celle de sa méthode de production ou du savoir faire qui est en jeu… Ou encore du service rendu par l’objet ou bien sûr, de l’histoire singulière qu’il raconte.

Les jeunes designers d’aujourd’hui sont très à l’écoute de ces questions et intègrent naturellement les enjeux d’aujourd’hui et de demain : consommation d’énergie, simplicité, intelligence de l’objet, conception «durable», matériaux nouveaux, mais aussi dimension artistique. En effet, l’art contemporain ne m’a jamais paru aussi proche, dans certains « formes » qu’il propose, du monde de l’art de vivre : l’artisanat consacre de véritables œuvres d’art, des objets d’art ou des propositions purement plastiques pourraient très bien être des objets d’usage et des objets design finissent en galerie !

Pourquoi les marques ont besoin de scénographier leurs produits ?

Parce que nous ne sommes toujours pas sortis de la société du spectacle ! Et que ce n’est pas fini. En effet, un produit peut être parfait, coller à son temps, rendre un vrai service et même être beau… mais ça ne suffit plus, ou rarement. Il a besoin d’une mise en scène, et parfois d’une mythologie. Il doit plus que jamais raconter une histoire et c’est ce que les marques recherchent en introduisant la fiction, la narration, le discours.

La forme est aussi importante que le fond et les objets deviennent la métaphore d’une histoire. La marque, et cela d’autant plus qu’elle aura une forte identité, incarne une histoire. Les marques mettent en scène leurs produits parce qu’elles se mettent elles-mêmes tout le temps en scène et entretiennent de véritables mythologies industrielles et créatives : depuis les pères fondateurs jusqu’à la nouvelle collaboration avec le designer dont tout le monde parle. J’ajouterai aussi que, dans le domaine de l’art contemporain par exemple, les expositions ne sont plus seulement des lieux de présentation d’œuvres, mais des espaces fortement scénographiés, voire des lieux habités par des performances. C’est aussi la raison pour laquelle tant de marques de mode se lancent dans la déco ou se diversifient vers d’autres territoires.

Une marque signe une appartenance très forte à une tribu, à un groupe très identitaire… qu’il s’agisse de Dior, de Nike, de Diesel etc. Les consommateurs d’aujourd’hui mixent les marques, ils mixent les récits en devenant scénaristes de leur propre univers. Chacun peut devenir styliste de son look comme de son intérieur. Toutes les marques de mode qui s’engagent dans le monde de la maison l’ont bien compris et j’attends avec impatience les premiers « défilés d’objets » au sens « couture » du mot…


A qui s’adresse et à quoi sert un cahier de tendances ?

Traditionnellement, les cahiers de tendances sont des outils de prospective à un ou deux ans, plus ou moins précis, plus ou moins segmentés, s’adressant soit à des distributeurs, soit à des fabricants. Ils constituent une sorte de scénario d’anticipation probable des attentes, des envies, des changements de comportements des consommateurs. Et ces cahiers sont par nature transversaux dans tous les domaines : style, matières, couleurs, motifs bien sûr, mais aussi art, sociologie, économie, architecture, etc. Car leur vocation n’est plus seulement d’être un guide d’achat, de sélection ou de création, mais de servir l’identité de l’enseigne et de proposer une réflexion globale sur ses produits, sa communication, sa stratégie, son positionnement, son identité.


Un rêve, une envie ?

Précisément que les objets continuent de nous faire rêver et de nous faire envie ! Je crois qu’une nouvelle génération d’objets « intelligents » se dessine. Moins de production aussi… ce qui n’a par ailleurs rien à voir avec une quelconque décroissance, mais « mieux d’objets » si je puis dire. Des objets éthiques dans tous les sens du terme : responsables, bien sûr, mais aussi honnêtes, silencieux, porteurs de sens, de concepts, de service, d’humour, de joie et d’optimisme !


François Delclaux votre parcours en quelques dates ?

1990 : commence à dessiner des meubles pendant ses cours de droit…
Octobre 1998 : commence à travailler avec François Bernard.
Janvier 2006 : fonde Un Nouvel Air.
2007 : devient directeur artistique du 107RIVOLI
2008 : signe avec un grand distributeur français….

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Article publié le 25 mars 2010

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  • cherche à reprendre contact avec François DELCLAUX merci de lui transmettre mes coordonnées. Admiration François pour ton parcours il y a longtemps que je veux avoir de tes nouvelles. Si tu as ce message avec mon e ml Carole MISE

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