Mamilla hôtel, le maître-hôtel de Jérusalem

Ouvert pour l’été 2009, ce cinq étoiles – architecturé par Moshe Safdie et aménagé par Piero Lissoni – s’est imposé comme le grand hôtel le plus raffiné de la Ville Sainte. Mêlant patrimoine et design, il s’inscrit en trait d’union symbolique entre la vieille cité fortifiée et son extension moderne amorcée dès 1841 par les Ottomans.

Vue sublime pour le restaurant perché sur le toit.

Alrov Mamilla Project

Fondé en 1978 par Alfred Akirov et basé à Tel-Aviv, le groupe Alrov développe désormais des projets immobiliers d’envergure en Israël, mais aussi à l’étranger. En 2007, il inaugurait, au pied des fameuses « Porte de Jaffa » et « Tour de David », une vaste opération de rénovation urbaine d’un quartier ottoman lourdement endommagé sous le mandat britannique, mais aussi depuis l’indépendance.

La façade du Mamilla Hotel sur King Solomon Street.
Afficher la galerie
La façade du Mamilla Hotel sur King Solomon Street.
©DR

De part et d’autre de l’avenue Mamilla étirant sur 800 mètres linéaires son généreux dallage exclusivement piétonnier, constructions anciennes – restaurées et restructurées – et neuves – toutes en pierre de Jérusalem, comme l’impose la municipalité, – accueillent, à rez-de-chaussée, un étonnant centre commercial haut de gamme à ciel ouvert (23.000 m²) que ponctuent, ici et là, monuments historiques (église, maison de Theodor Herzl...), places et terrasses en belvédère. 1.500 m² de parking souterrain en constituent le socle tandis qu’une soixantaine d’appartements résidentiels et deux hôtels investissent les étages.

Canapé Poltrona Frau dans la suite présidentielle.
Afficher la galerie
Canapé Poltrona Frau dans la suite présidentielle.
©DR

Loin d’être un inconnu, l’auteur du projet est l’architecte canadien Moshe Safdie que le monde de l’architecture découvrit via sa célèbre pyramide habitée ayant médiatiquement incarné l’exposition internationale Montreal Habitat 67. S’il a beaucoup œuvré en Chine et aux USA, il vient également de signer deux autres équipements majeurs en Terre Promise : le terminal 3 de l’aéroport Ben Gourion de Tel-Aviv et le vertigineux Mémorial de l’Holocauste de Yad Vashem aux portes de Jérusalem.

Murs habillés d'un superbe patchwork de faïences dans le Mamilla Café.
Afficher la galerie
Murs habillés d'un superbe patchwork de faïences dans le Mamilla Café.
©DR

Le luxe de la modernité

Dans une ville trois fois sainte et millénaire, il n’est pas toujours aisé de promouvoir la modernité, contrairement à Tel-Aviv – la capitale diplomatique, économique et culturelle de ce jeune état – à l’impressionnant héritage du Bauhaus classé en 2003 au patrimoine mondial de l’humanité. Ici, les vestiges de pierre ont légué la tradition urbaine, tandis que l’architecture et les programmes immobiliers projetaient l’îlot dans le XXIème siècle. Mais ici, tout comme le luxe, cette contemporanéité architecturale n’est en rien tapageuse : c’est un art de vivre... intérieur ! Le Mamilla Hotel en est ainsi la meilleure démonstration !

Le patio pour un petit déjeuner à l'abris de l'agitation de la ville.
Afficher la galerie
Le patio pour un petit déjeuner à l'abris de l'agitation de la ville.
©DR

Sous le crayon de Moshe Safdie, il réinvestit – tout en s’y insinuant subtilement – les ruines dont chaque bloc de pierre fut scrupuleusement répertorié, comme en témoigne encore les chiffres figurant sur une de ses façades donnant sur l’artère piétonne. Mettant à profit le dénivelé entre celle-ci et King Solomon Street, dont la nouvelle construction élancée abrite l’accueil principal, le concepteur imagine un lobby – tout en transparence – sur trois niveaux. Au rez-de-chaussée, si la réception et la conciergerie sont magnifiées par leur double hauteur, les salons (avec Expresso Bar) se dédoublent en mezzanine, tandis que l’atrium en arrière-plan, baigné de lumière zénithale, se décaisse en rez-de-jardin pratiquement de plain-pied avec Mamilla avenue. Véritable sculpture fractale, un escalier en acier canon de fusil les relie verticalement.

L’architecte-designer italien Piero Lissoni y a opté pour une esthétique minimaliste bien qu’hétéroclite : à l’image des origines multiples des colons ayant peuplé Israël, l’aménagement mêle élégamment antiquités asiatiques, arts premiers, grands lustres façon Templiers et mobilier design italien, métal, bois, cuir capitonné, bourrette de soie... Un vert anis, un violine assorti d’un damas mauve dopent ici ou là la lumineuse sérénité des lieux. Le vaste patio en contrebas évoque avec ses oliviers, ses plantes grimpantes et ses jardinières de vivaces et graminées une sorte d’oasis où délicieusement flâner dans des sofas. La longeant au nord, la salle de restaurant prend de rafraîchissantes allures monacales avec ses piles en pierre appareillée, tandis que l’immense socle de granit de son buffet est surligné par trois longilignes étagères où s’amoncelle une multitude de pièces de vaisselle, toutes en céramique ou porcelaine immaculée, aux styles là aussi diversifiés. Non loin, le patchwork de faïences vernissées tapissant les murs du café et ses assises Thonet réinterprètent les brasseries viennoises. Le reste du niveau comprend un auditorium et plusieurs salles de réunions.

Mur de faïence et porcelaine blanche pour un effet accumulation contemporaine d'un collectionneur pour le buffet du petit déjeuner.
Afficher la galerie
Mur de faïence et porcelaine blanche pour un effet accumulation contemporaine d'un collectionneur pour le buffet du petit déjeuner.
©DR

Les 194 chambres et suites occupent les sept étages. Parquet et boiseries, épais tapis, canapé de cuir et chauffeuses acidulées réchauffent les blocs de calcaire blond et les têtes de lit en acier. La cristalline paroi de verre séparant leur vaste salle de bains devient à volonté translucide pour offrir davantage d’intimité sans pour autant se priver de la lumière naturelle en second jour.

Offrant un panorama exceptionnel sur les murailles de la mythique cité, la toiture-terrasse héberge un restaurant de plein air auquel les stores haubanés, les sofas en osier et la végétation donnent un avant goût du paradis.

Beaux volumes pensés par Piero Lissoni pour les suites.
Afficher la galerie
Beaux volumes pensés par Piero Lissoni pour les suites.
©DR

Mamilla Hotel
11 King Solomon Street - Jerusalem 94182
Israel
www.mamillahotel.com

194 chambres et suites
Tarifs : de 300 à 3.000 $

Maître d’ouvrage : Alrov Luxury Hotels
Architecte : Moshe Safdie
Architecte d’intérieur : Piero Lissoni
Cloison salle de bains : Privalite (Saint-Gobain)
Mobilier : Alessi, Boffi, Cassina, Kartell, Knoll, Poltrona Frau, Thonet Vienna, Vitra 

 

Article publié le 13 septembre 2012

Articles à lire sur le même sujet

Ajouter un commentaire