Le grand retour des baignoires en fonte

Après une carrière dans l'industrie du bâtiment essentiellement à l'étranger, Roch Mathié est actuellement le directeur commercial d'Oxame, le dernier fabricant français de baignoires en fonte émaillée. Née du rachat de Porcher et de son savoir-faire, Oxame continue de fabriquer des baignoires en fonte éco-responsables à Revin, dans les Ardennes. La renaissance de la marque repose sur plusieurs constats et de toutes nouvelles directives.

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Cet article fait partie du dossier Choisir une vasque de salle de bains
On assiste actuellement à une renaissance des baignoires en fonte. Pourquoi, selon vous ?

Roch Mathié : Les baignoires en fonte sont résistantes au feu. Celles en acryliques ou en matériaux composites sont inflammables et dégagent du CL2 lors de leur combustion. Ce CL2 est extrêmement toxique, voire mortel. Nous assistons là au même phénomène que celui auquel sont confrontés depuis très peu de temps les fabricants de fenêtres en PVC. Pour votre information, la ville de Berlin a interdit depuis début 2008 la pose de fenêtre en PVC dans les ERP (établissements destinés à recevoir du public).

Les normes ont-elles évolué ?
R.M. : Normalement les normes françaises imposent également que les matériaux de second œuvre scellés, comme les baignoires, soient classés au moins en A2 (Euroclasses). Si les baignoires en fonte sont classées en A1 (incombustibles), celles en acryliques et en composites sont plutôt en DS1, à savoir facilement inflammables. Mais l'application des normes et des directives, malgré le marquage CE rendu obligatoire depuis le 21 novembre 2002, est encore très peu suivi.

Il reste que les compagnies d'assurance sont de plus en plus regardantes et les grands Groupes hôteliers sont purement et simplement entrain d'interdire l'utilisation de l'acrylique pour l'équipement des sanitaires.

On dit la fonte éco-responsable. Quel est votre avis ?
R.M. : La baignoire acrylique est un vrai déchet ultime, impossible à recycler et donc très peu vertueuse en termes de développement durable. Issue des énergies fossiles elle termine sa vie en décharges pour déchets ultimes non recyclables.

Pour la baignoire en fonte émaillée, les choses sont très différentes: d'une part elle est fabriquée à 85% à partir de matériaux recyclés (rails de chemin de fer, déchets d'emboutissage de carrosserie de voitures, etc...) ensuite, en fin de vie (après en moyenne 25 années d'utilisation) elle est entièrement recyclable. Enfin, il reste que l'énergie utilisée pour la formater et la recycler est plus élevée que l'énergie nécessaire pour formater une baignoire en composite ou en acrylique.

Et pour conserver un bain à bonne température ?
R.M. : La baignoire en acrylique présente une très mauvaise résistance thermique. L'eau y perd 6 à 8°C en quelques 20 minutes. C'est tout l'inverse pour la fonte où l'eau reste à très bonne température pour au moins 40 minutes, un peu comme un gros radiateur qui emmagasine la chaleur. Dans l'hôtellerie, cet aspect est déterminant car il évite que les clients rajoutent en permanence de l'eau chaude, faisant ainsi exploser la consommation d'eau chaude des établissements.

Côté hygiène, quel est votre avis ?
R.M. : La baignoire en acrylique n'est pas très hygiénique. L'acrylique est un support très propice à la prolifération bactérienne (la culture bactério se fait d'ailleurs dans des boites de "petri" en plastique), le "coat" supérieur étant constellé de micropores propices à la germination bactérienne...

L'émail, dont le sous-jacent est constitué soit de céramique soit de métal, est quant à lui un matériau extrêmement hygiénique car d'une densité et d'une imperméabilité totales. Curieusement, le législateur a très bien encadré la production des toilettes qui doivent être en finition émaillée (sauf dérogation pour les avions etc... avec obligatoirement l'association de liquides bactéricides), mais il existe un vide juridique complet pour les bacs à douche et les baignoires. Rappelons qu'il est bien sûr impossible d'utiliser des bactéricides classiques puissants (eau de javel, etc..) sur des supports acryliques, au risque de détruire le support, voire d'entraîner des réactions chimiques altérantes.

Pour finir, l'OMS s'inquiète, à juste titre, de la profusion de réactions allergisantes chez les jeunes enfants mis en contact depuis leur prime enfance avec des matériaux contenant des phtalates, des parabènes, de l'isoglycol etc... toutes substances dermo-incompatibles et dont les effets sont encore mal connus mais identifiés comme dangereux, notamment en termes de bouleversements hormonaux. Ce dossier est prégnant sur les biberons en plastique et sur les bouteilles d'eau minérale en PET. Ces substances sont omniprésentes dans les baignoires et bacs en acryliques et en composites...


Par conséquent, l’avenir s’annonce plutôt rose pour la fonte?
R.M. : En effet, tous ces éléments concourent au retour en force des baignoires en fonte qui ont été rejetées par les majors du sanitaire dans les années 80. Il était bien plus lucratif de faire thermoformer des baignoires en acrylique dans des pays "low cost", que de continuer à entretenir des fonderies en Europe occidentale ou aux USA. Par ailleurs, les plombiers-installateurs ont eux été particulièrement séduits par le fait qu'ils allaient pouvoir se débarrasser de leur manœuvres, en charge de la logistique des baignoires en métal (pondéreuses +/- 100 Kg). Les baignoires en acryliques sont elles bien plus légères (8 à 15 Kg) et très faciles à transporter.

Reste que les baignoires en acryliques ne sont également pas très pérennes. Elles jaunissent rapidement, sont extrêmement fragiles (rayures, brûlures de cigarettes, attaques de détergents ou produits de soin etc...).
Article publié le 18 janvier 2010

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