Bienvenue dans l’ère de la tapisserie numérique

Poursuivre la tradition du tissage d’Aubusson avec l’art numérique est devenu le nouveau procédé usité par les artistes du XXIe siècle.

Détail de la tapisserie "Quadriland", François Delclaux 
Vers un nouveau pointillisme?

Dans la deuxième moitié du XXe siècle, la tapisserie voit sa technique peu à peu bouleversée. Les artistes contemporains réalisaient des cartons pour que ces derniers soient accomplis en tapisserie. Le dessin, effectué sur commande ou d’après un travail personnel, était transmis à des liciers de manufactures de tapisseries comme celles d’Aubusson ou à des ateliers indépendants. Une étape cruciale de cette moitié de siècle dans le renouveau de la tapisserie.

Détail de la tapisserie "Le Temps", Sam Baron, grisaille modernisée par un rouge flamboyant
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Détail de la tapisserie "Le Temps", Sam Baron, grisaille modernisée par un rouge flamboyant
©Neolice

« Les beaux-arts numériques »

Aujourd’hui, c’est l’art numérique qui prend la relève. Depuis les années 1980, il s’est développé comme genre artistique à part entière, en corrélation avec l’air du temps… Portée par la puissance de calcul de l’ordinateur et le développement d’interfaces électroniques autorisant une interactivité créative entre le sujet humain et l’intelligence logicielle, la création numérique offre une nouveauté audacieuse à l’art de la tapisserie.

« Les arts numériques aujourd'hui, pas plus que la photographie au XIXe siècle, ne signifient en rien la fin de la peinture, mais suggèrent d'inventer des beaux-arts numériques ».

Tel que l’affirme Hervé Fischer, artiste-philosophe, il ne faut en aucun cas abdiquer devant la modernité mais s’en servir pour mieux perpétuer la création.

De gauche à droite :
"Quadriland", François Delclaux  
"La Baronne", Sam Baron ; 

"Pyla", Martine Creissen ; 

"Légende", Jean Desproges.
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De gauche à droite :
"Quadriland", François Delclaux
"La Baronne", Sam Baron ;

"Pyla", Martine Creissen ;

"Légende", Jean Desproges.
©Neolice

Aubusson, version numérique

Des artistes comme Sam Baron, Martine Creissen, François Delclaux, Heidi Wood et beaucoup d’autres n’ont pas hésité à instaurer un dialogue entre la tradition séculaire et les nouveaux médias, qui, a priori, auraient tendance à se tourner le dos abusivement. Cette nouvelle approche a été mise au point par Neolice, « le point d’Aubusson numérique ». Le traditionnel carton est substitué par un dessin numérique que l’artiste communique par le biais d’internet. De nombreux tissages ont déjà été réalisés, faisant appel à différents matériaux, notamment la laine, le coton, la soie, le bambou, le lurex, les fibres synthétiques.

La tapisserie en coton de Jean Desproges, créée en 2010, revisite le motif de la licorne, qui n’est pas sans rappeler les tentures du Moyen Age. Quant à Pascal Lièvre, qui s’intéresse au télescopage des temporalités historiques, il crée une tapisserie en coton synthétique dans laquelle le nom de Louise Bourgeois apparaît. Une araignée occupe le centre de la tenture, animal symbole des tapisseries (toile de l’araignée) que réparait la mère de cette plasticienne et de tout ce qui s'y rapporte : aiguilles, fils. Sam Baron choisit d’intituler sa tapisserie en laine et en coton « Le Temps ». Cette dernière, insaisissable comme le temps, à la fois épurée et méandreuse, moderne et classique, reflète le style du jeune designer.

Enfin, « Quadriland », conceptualisée par François Delclaux, reproduit en tissage, comme son titre l’indique, un procédé d’impressions en quadri. Mais l’originalité de ce dernier, c’est qu’il a 7 couleurs au lieu des quatre de la traditionnelle impression quadri. Cette créativité lui a valu le Prix des Découvertes du salon Maison&Objet Projet pour cette édition septembre 2010. Réalisée à partir d’une photographie de paysage numérisée et passée aux filtres Cyan, Magenta, Jaune et Noir (CMJN) pour réduire le nombre de couleurs de la photo, cette tapisserie en coton a été tissée dans les proportions du visuel, la photo se retranscrivant ainsi : chaque point équivaut à un pixel. Vers un nouveau pointillisme ?

Vous pouvez découvrir l’ensemble des œuvres numériques sur le site de Néolice.

Ces différentes créations textiles sont la preuve même que le numérique est un modèle de mémoire réinventée et non plus conservée. A l’instar du livre numérique que l’on peut lire sur les fameuses tablettes, la tapisserie numérique constitue une étape révolutionnaire dans la création, où les pièces sont sans cesse actualisées. Il ne s’agit plus de stocker, mais de réinventer dans une perspective de préservation.

www.neolice.fr

L'horloge rouge flamboyant, détail de la tapisserie "Le Temps"
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L'horloge rouge flamboyant, détail de la tapisserie "Le Temps"
©Neolice

Article publié le 23 septembre 2010

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