Tapisserie : points croisés, à l’horizontale ou à la verticale ?

Tout commence à l’Antiquité, mais le premier chef d’œuvre du genre est la broderie de Bayeux datant du XIe siècle. Sur 70 mètres de long, elle représente l’histoire de la conquête de l’Angleterre par Guillaume Le Conquérant en 1066. Si la légende raconte que la femme de Guillaume Le Conquérant, Mathilde, aurait réalisé cette broderie à l’instar, en quelque sorte, de Pénélope avec Ulysse, il est certain qu’elle n’a pu être confectionnée par une seule personne. Les détails des batailles sont trop réalistes par exemple. A l’occasion de l’inauguration de la nouvelle cathédrale de Bayeux en 1077, elle a sans doute été fabriquée dans une manufacture ou une abbaye. Un art qui requiert de la précision, une technique qui évolue et qui se perpétue.

Bobines et flûtes de laine et de soie pour le tissage de tapisseries Aubusson
Au Moyen Age, l'utilisation originelle des tapisseries était destinée à créer des espaces clos et chauds dans les grandes pièces des châteaux. En voyage elles permettaient de créer des murs verticaux à l'intérieur des vastes tentes de la cour et de la noblesse. Disposées à l'extérieur, que ce soit pour les fêtes religieuses, les tournois ou les rencontres princières, elles permettaient même de créer de petits villages avec ses rues, ses places publiques et privées.


Quelques notes sur les principes de la tapisserie


Une tapisserie est le résultat de l'entrecroisement de deux sortes de fils.

- Les fils de chaîne, tendus sur le métier, sont disposés dans le sens de la longueur. C’est l’étape de l’ourdissage qui consiste à disposer les fils les uns à côté des autres sur une grande longueur afin d'en former une nappe sur une largeur déterminée.
- Les fils de trame de couleur sont disposés dans le sens de la largeur. C’est l’étape du tissage.


La tapisserie artisanale : haute lisse ou basse lisse ?


Il existe deux grandes techniques, radicalement différentes, dans la fabrication des tapisseries.

Métier de haute lisse : le tissage est réalisé à la verticale. Les ensouples, c'est-à-dire les deux montants verticaux supportant deux cylindres horizontaux mobiles, sont donc placées l’une dans la partie supérieure, l’autre dans la partie inférieure. La manufacture des Gobelins, créée en plein essor culturel en 1662, met en œuvre la technique de haute lisse. Au XVIIe siècle, elle faisait partie intégrante de ces institutions originellement consacrées à diffuser la grandeur du roi par le biais de l’art. Aujourd’hui, il ne s’agit plus d’exalter le Roi-Soleil mais d’habiller les murs des ambassades, des châteaux, de la bibliothèque nationale de France et autres forteresses qui appartiennent au patrimoine architectural français ou étranger.

Métier de basse lisse : Le tissage se fait de façon horizontale, la chaîne est toujours tendue horizontalement. Dans le département de la Creuse, les tapisseries de la manufacture d’Aubusson sont tissées à la main sur un métier de basse lisse. Elles sont toutes réalisées selon l’une des techniques de tissage traditionnelles, totalement différentes du tissage mécanique et industriel. Les laines sont de qualité, teintées artisanalement sur place par un teinturier afin d’assurer la longévité des couleurs.
Si les techniques diffèrent, le résultat final, quant à lui, est toujours le même et il est impossible de reconnaître à l’œil nu avec quelle technique la tapisserie a été réalisée.


La tapisserie à l’aiguille : deuxième technique de la tapisserie artisanale

Aujourd’hui, la tapisserie aux points d’aiguille est réalisée le plus souvent sur une base de canevas, mais à l’origine il s’agissait davantage d’une toile grossière. Connue depuis des temps immémoriaux, elle présente principalement un point commun avec la tapisserie tissée : l'utilisation des fils de couleurs pour représenter le sujet ou la scène sur toute la surface de la tapisserie.

Bien que généralement destinée à des œuvres de moindres dimensions que le tapisserie de lisse, la tapisserie au point a permis la réalisation d'œuvres colossales telles des cloisonnements de lits princiers, voire des tentures murales. D’ailleurs, la grandiose broderie de Bayeux a été confectionnée au point d’aiguille. Toutefois cette technique étant assez souvent une pratique de salon, c'est avec des ouvrages de taille plus modeste qu'elle s'est réellement épanouie. Ainsi les dessus de sièges réalisés au petit ou gros point sont, dans tous les châteaux et musées, très largement répandus.

Il existe plusieurs types de points, notamment les points en diagonale, les points droits, les points croisés, les points composés et enfin les points fourrure. Tous requièrent une technique particulière pour un résultat singulier.


Le métier à tisser mécanique: exemple de la fabrication Jacquard

L’introduction du machinisme au XIXe siècle contribue à l’évolution technique de la tapisserie. La mécanisation de l’industrie textile a constitué une révolution technique et sociale de la profession. En 1801, le Lyonnais Joseph Marie Jacquard invente un métier à tisser combinant diverses innovations techniques : des aiguilles, des cartes perforées et un cylindre. Les métiers Jacquards sont encore utilisés aujourd’hui.

Lors de la fabrication d’une tapisserie industrielle, quatre étapes se succèdent.

1. la création : « mettre en carte le motif » signifie transcrire le dessin, les coloris et les contours, initialement réalisés par l’artiste, pour le tissage. Sans ce travail préalable, le tissage n’est pas envisageable.

2. L’ourdissage est la première étape dans la fabrication. Sur les ensouples, c'est-à-dire les bobines, sont fixées les différentes nappes composées des milliers de fils teints qui formeront la chaîne de la tapisserie. L’ourdisseur range les fils de divers coloris les uns à côté des autres, dans l’ordre qu’ils occupent dans l’étoffe. A ce moment-là, le tisserand tient une place prépondérante dans la réussite de la tapisserie. C’est lui-même qui attribue la place à chaque fil dans le futur motif.

3. Le tissage est aussi une étape très technique où chaque fil de chaîne est commandé individuellement par la mécanique qui sélectionne les fils correspondants au dessin, à chaque passage de la trame.

4. La finition : à la descente du métier à tisser, le panneau est découpé, vérifié, puis terminé.


Vous pouvez vous rendre dans les musées de la tapisserie pour en savoir plus. Bonne visite !
Article publié le 27 septembre 2010

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