Shiro Kuramata a décroché la lune

« Ceci n’est pas un fauteuil » aurait dit Magritte assis sur « How High The Moon ». Sous de faux airs d’assise, cette création de 1986 est davantage un objet à contempler.

Entre l'art et le design, le fauteuil « How High The Moon » est davantage un objet à contempler qu'une assis fonctionnelle
Shiro Kuramata (1934-1991) était architecte d’intérieur et designer. Ses créations sont souvent teintées d’humour et de poésie. Le designer japonais créa des boutiques pour Issey Miyaké à Paris, New York et Tokyo et dessina plus de 300 bars et restaurants aujourd’hui majoritairement détruits.

Certaines de ses œuvres, à l’instar de «*How High The Moon*» apportent une réflexion sur la lumière et la transparence par ajout d’une source lumineuse, soit avec l’utilisation du verre et du plexiglas comme pour les romantiques chaises Glass et Miss Blanche.

La forme du fauteuil, massive, rappelle les imposants fauteuils Club. L’assise, les accoudoirs et le dossier, avec leurs volumes simples, s’inspirent du cubisme, un mouvement artistique souvent repris dans les créations de Kuramata.

« Une fois que j’ai l’idée, je trouve les matériaux*». Afin de symboliser sa méditation philosophique, Kuramata a choisi un treillis en métal déployé, nickelé et enduit de résine époxy*: unique matériau qui sert d’armature. Du fer, un matériau lourd et prosaïque, Kuramata en fait une dentelle qui confère à ces formes imposantes un sentiment d’immatérialité, d’inaccessible (comme l’est la lune).

«*How High The Moon*» sont les paroles d’un morceau du jazzman Duke Ellington. Elle symbolise l’idée de l’inatteignable, un peu comme dans l’adage «*décrocher la lune*»... Shiro Kuramata serait-il allé décrocher la lune parce qu’on le lui aurait demandé*? Le fauteuil irradie d’une lueur spectrale. La lumière s’accroche et ricoche sur les reliefs du métal, comme sur des cratères lunaires.

Toutefois, «*How High The Moon*» se positionne à la frontière ténue entre l’art et le design. Son armature métallique est son unique composant, il n’y a ni rembourrage, ni revêtement. Cet objet design n’est réellement pas confortable à la longue et l’on serait vite tenté d’y mettre un plaid ou quelconque garnissage pour y remédier. Mais l’œuvre de Kuramata serait annihilée. L’adopteriez vous plus pour sa fonction de fauteuil que pour sa beauté spectrale*? Une sculpture sans doute...

www.vitra.com
Article publié le 14 avril 2010

Articles à lire sur le même sujet

Ajouter un commentaire

Continuer sur les forums

Pour participer, inscrivez-vous ou connectez-vous avec votre compte Maison.com ou votre compte Facebook.