Le fauteuil « Proust » d’Alessandro Mendini, exagérément baroque

Dans un pointillisme multicolore, le fauteuil « Proust » est avant tout une critique du design, où l’exagération tend à la provocation. Emprunté à un vocabulaire culturel, le siège s’inscrit en réaction à l’industrialisation.

Conçu en 1978, le fauteuil « Proust » d’Alessandro Mendini met à l’honneur la démesure, dans une débauche de pointillés colorés. Rencontre entre le pointillisme et l’époque Régence, il s’agit d’un siège imaginé à l’honneur de l’écrivain, Marcel Proust.

Né à Milan en 1931, Alessandro Mendini entre à l’Ecole polytechnique de Milan, avant d’obtenir son diplôme en 1959. D’abord architecte, il tend à s’intéresser à l’univers du design, qu’il considère comme étant arrivé au bout de son existence. N’ayant plus la possibilité d’innover, il décide de détourner les classiques reconnus, en accentuant leur style par un simple décor appliqué. Suite à l’industrialisation massive de l’Italie, Alessandro Mendini voit une banalisation du design, qu’il cherche à remettre en cause. En rupture avec une conception fonctionnelle qui tend à l’impersonnel, le designer remet la beauté plastique à l’honneur. Son travail sur la couleur et le décor lui permet de raviver d’un nouveau souffle les objets du quotidien. Dans les années 70, il devient le chef de fil d’un mouvement radical, baptisé « redesign » ou « no design », d’où le fauteuil « Proust » émerge comme une sorte de manifeste.

Avec l’aide de son studio Alchimia, le fauteuil « Proust » fut réalisé en 1978, pour le Palazzo dei Diamanti à Ferrare. Comme son nom l’indique, il s’agit d’une inspiration libre de la célèbre œuvre A la recherche du temps perdu. Comme l’écrivain, Alessandro Mendini considère que le temps est un flux continu et constant, où le passé se mélange au présent. De ce fait, il imagine un fauteuil dans lequel Proust aurait pu s’asseoir, en accentuant la générosité des formes. Dans une structure en bois finement sculptée, le siège est tapissé par un tissu multicolore, conçu par le designer. Ainsi la forme du fauteuil correspond à une image du passé, alors que le présent est personnifié par la matière et son décor graphique. 

En 2009, le fauteuil connait une déclinaison, baptisée « Proust Geometrica ». Le pointillisme laisse place à de larges aplats colorés, sans perdre pour autant son caractère. Formes et couleurs s’unissent dans un décor aux lignes géométriques, résolument moderne.
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En 2009, le fauteuil connait une déclinaison, baptisée « Proust Geometrica ». Le pointillisme laisse place à de larges aplats colorés, sans perdre pour autant son caractère. Formes et couleurs s’unissent dans un décor aux lignes géométriques, résolument moderne.
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En injectant une dose de modernisme, par la puissance colorée de son décor, il réutilise le vocabulaire formel de l’époque Régence. Que ce soit le bois sculpté ou le tissu, l’ensemble du siège est habillé d’une juxtaposition de touches colorées, en référence au pointillisme à la Paul Signac ou Seurat. Un véritable feu d’artifice semble exploser sur ce siège, dont les caractéristiques baroques sont exagérées au plus haut point. Même les coussins donnent l’impression d’un rembourrage à l’extrême, où la mousse de polyuréthane est prête à imploser sous la pression. A l’époque, le décor était appliqué à la main avec une peinture acrylique, afin d’obtenir des pièces uniques, comme une réponse au design de masse conçu par une société industrialisée. Influencé par différentes cultures, les œuvres de Mendini sont emplies de références multiples, en réaction au vide intellectuel de son époque.

Réédité par Cappellini depuis 1993, le fauteuil se décline en « Proust Geometrica » en 2009, où de larges aplats colorés viennent remplacer le pointillisme. Ne perdant pas de sa superbe, il conserve la richesse de sa forme et la puissance de ses couleurs, dans un décor aux lignes géométriques, pour un renouvellement de son image d’icône du design. Pour les collectionneurs, certains exemplaires d’époque sont en céramique, en bronze ou même en laqué faux bronze.

www.ateliermendini.it
www.cappellini.it

Article publié le 15 juin 2012

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