Li Edelkoort, creation et connaissance

En juin 2008, Li Edelkoort, une des expertes des tendances les plus influentes recevait le Prix Designer’s Days pour la promotion du design.
A l’occasion de l’inauguration de son exposition « Archéologie du futur » au Centre néerlandais, elle accorde un entretien à Designer’s Days. Décryptant les liens entre l’art, la mode, le design et la culture du consommateur, le travail de Li Edelkoort montre « qu’il n’y a pas de création sans connaissance en amont, et sans le design, un produit ne peut exister ».

Li Edelkoort
DDays
Archéologie du futur .Pourquoi un tel paradoxe ?

L.E
Je suis en permanence à la recherche d’informations, sur le monde du général au particulier. Fragments de vue collectés quotidiennement dont je n’ai parfois même pas conscience et qui s’enregistrent instinctivement dans ma mémoire. Ces images se classent en des catégories qui quelquefois m’échappent, et resurgissent au moment d’une synthèse qui s’impose à moi par le surgissement d’un mot prononcé, d’une lecture, d’un visage. Mode, politique, création, métissages. Savoir regarder, écouter et se fier à son intuition, interpréter les signes forts du passé sans jamais s’y accrocher, ne pas avoir peur de l’avenir, dire la vérité même si elle n’est pas toujours agréable à entendre, telles sont les clefs de mon travail quotidien.

DDays :
Comment et auprès de qui transmettez-vous ces analyses fines de la société contemporaine ?

L.E

Ces archives accumulées constituent un foisonnement d’une incroyable richesse sur les différentes époques que nous avons traversées, que nous vivons aujourd’hui et que nous vivrons demain. J’écoute, je regarde, j’accumule, je suis aussi très attentive à mes rêves sans doute nourris de toutes ces informations digérées par mon inconscient. Toutes ces traces collectées avec une attention particulière aux individus de toutes catégories socio culturelles et de toute origine constituent un ferment d’une richesse inouïe, témoignage vivant de notre histoire ordinaire.
En même temps qu’une intuition très forte du futur, projection qui peut même atteindre plusieurs dizaines d’années. Les clients de mon agence sont d’une extrême diversité : professionnels de la mode et de l’art de vivre, industriels, sociétés de service, écoles, ministères, et même un Etat, celui des Pays Bas dont je suis originaire…

Ddays :
« Archéologie du futur » constituerait donc une sorte de témoignage anthropologique de notre époque pour les générations futures ?

L .E

C’est en effet un des aspects de ce travail, tout comme la possibilité d’avoir une sorte de flash back sur les signes forts des dernières décennies permettant de mieux comprendre vers quoi nous nous dirigeons. Après des années d’apparat, d’hédonisme parfois outrancier, je ressens un besoin de se recentrer sur l’essentiel, de se couvrir, - « covered » - pour se protéger mais aussi de se concentrer sur ce qui est fondamental, reconstituer le puzzle dispersé d’informations ou d’activités que la vie contemporaine nous impose quotidiennement. La volonté de supprimer toute forme de pollution mentale ou d’anecdote. Se pencher sur les problèmes posés l’évolution dramatique de la nature avec la volonté de les résoudre correspond au même mouvement. Devenir adulte et responsable par une sorte d’assainissement du monde, un réajustement des valeurs et des biens. Une sorte d’effet rédempteur dont l’élection de Barack Obama pourrait être un des signes forts et symbolique de la décennie à venir.

D Days :
Qu’évoque pour vous « Secrets de Design » le thème de la prochaine édition de Designer’s Days ?

L E.
Ma lecture d’une thématique est toujours liée à mon travail d’anthropologue du futur. Bien sûr, il évoque pour moi savoir faire et secrets de fabrication, ce qui se passe de l’autre côté du miroir en ce qui concerne le produit manufacturé. Pourquoi décide t’on de le produire et comment est t’il réalisé, en série ou non et pour quel public. Mais pour moi le choix du titre « Secrets de Design » correspond aussi exactement à ce que j’évoquais tout à l’heure. Le besoin inconscient de vivre plus en retrait, mieux protégé, avec plus de discrétion.
Les vêtements vont à nouveau cacher davantage le corps, les lofts qui ne laissent pas de répit à l’intimité ne seront plus à la mode pour faire place à des petits espaces dédiés aux activités de chacun, avec un plus grand respect de l’autre, en particulier dans les relations homme/femme. Les grands concepts stores vont faire place à des structures plus intimistes, le boudoir et la maison de poupée sont de retour !

Propos recueillis par Chantal Granier, directrice du style de Baccarat, vice-présidente de Designer’s Days.

www.institutneerlandais.com
www.Edelkoort.com
Article publié le 16 mai 2009

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