Olivia reprend le flambeau chez Andrée Putman

Passation en douceur chez Andrée Putman : la grande dame du design s’éclipse progressivement en confiant à sa fille Olivia les rênes de l’agence éponyme.

Olivia Putman par Ph Biancotto
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Votre mère a commencé sa carrière en montant des collections pour Prisunic. En créant Ecart International puis sa propre agence spécialisée dans le sur-mesure et les projets haut de gamme, n’est-ce pas le grand écart ?

Olivia Putman: Le beau et le luxe d’un objet ne passent pas nécessairement par son prix.Dans ses projets, Andrée Putman a permis la rencontre de matériaux pauvres et riches comme le grès cérame qui va cotoyer des tesselles dorées à l’orfin. Dans sa philosophie même de sa conception du métier de designer et architecte d’intérieur, le luxe d’un objet ne passe pas par son prix. Il doit juste être beau et bien conçu.

Andrée a aussi bien créé des meubles laqués très simples dans leur forme pour Monoprix que la collection Vertigo pour Christofle en modernisant desformes existantes d’un plateau, d’un seau à champagne… en remplaçant les poignées ultra classiques par de gros anneaux vrillés. Un détail qui a tout changé car cette collection qui comprend aussi des bijoux est devenue un des best sellers de la marque.


Pourquoi selon vous et comment se fait-il que votre mère ait été connue plutôt sur le tard et qu’elle est ainsi devenue LA grande dame du design français?

O.P.: Effectivement. Elle a monté sa première société à 53 ans, mais elle avait beaucoup œuvré précédemment. Elle avait notamment été directrice artistiqueaux côtés de Didier Grumbach avec qui elle lancera le premier concept store rue de Rennes. Très novateur et sans doute trop tôt. Un quiproquo l’a rendue célèbre avec l’aménagement intérieur de l’hôtel Morgans à New-York en 1984 : les américains la pensaient beaucoup plus connue qu’elle ne l’était réellement en France à cette époque. Ils lui ont donné la parole et une grande résonnance médiatique. Ce fut un vrai bonheur pour Andrée d’être entendue, écoutée... C’est lors de ce projet qu’elle a inventé le principe de « boutique hôtel ». Actuellement, elle ne vient que très peu au bureau, mais travaille par procuration car je lui montre tout ce que je fais.


Racontez-moi votre parcours et pourquoi avez-vous accepté de prendre la relève?

O.P.: C’est clair que l’histoire ne s’arrête pas et qu’il faut sans cesse réinventer quelque chose. Personnellement, j’ai débuté ma vie professionnelle très jeune en montant « les Usines Ephémères », dont le propos était de récupérer des lieux désaffectés et de les transformer en ateliers d’artistes et lieux d’expositions. Je me suis intéressée ensuite au Land Art et je me suis orientée vers le paysagisme. C’est en m’intéressant à la nature, que je me suis décidée à reprendre des études pour devenir paysagiste. J’ai eu à ce moment-là la grande chance d’être durant deux belles années la première assistante de Louis Benech, le botaniste des paysagistes. Ensuite, j’ai volé de mes propres ailes en créant notamment un jardin au Japon en 1997, un autre pour Caron à l’occasion de l’Art du Jardin, un haras en Normandie…


Le paysagisme ne vous manque-t-il pas ?

O.P.: C’est la discipline que j’avais choisie au départ, alors bien entendu le paysagisme me manque mais en même temps il m’a appris le mélanges des matières, les textures, la gestion d’un projet… et m’aide à me projeter car l’un des aspects les plus décevants du paysagisme est qu’on ne se retrouve jamais en face du projet qu’on a imaginé. Le travail à l’agence est très agréable car il évolue rapidement. Nous utilisons beaucoup de nouvelles technologies comme la stéréolithographie permettant d’obtenir rapidement une maquette 3D. L’architecture intérieure et le paysagisme ne sont pas antinomiques, car on construit des projets, on a le même regard.


Pourquoi les créations d’Andrée Putman sont indémodables à l’instar de l’hôtel Morgans (1984) qui n’a été réactualisé (et non pas rénové) que 24 ans plus tard (en 2008) ce qui est très long pour un hôtel ?

O.P.: Je pense que sa réussite est fondée sur le travail du studio autour de l’intemporalité. Andrée s’est attachée à composer entre une certaine nostalgie et une vraie vision audacieuse et futuriste. Le passé est évoqué, mais traité de manière contemporaine. Le Morgans reste une très belle histoire, celle d’une vraie vision mais qui a marqué un véritable tournant dans l’hôtellerie. Notez que les projets dépendent aussi beaucoup des clients. Il y a ceux qui sont timorés et ceux qui poussent au dépassement de soi.


On a l’impression que dans chaque projet il y a un fil d’Ariane?

O.P.: Aborder un projet c’est écrire une histoire. C’est cette histoire comme lesfameux damiers noirs et blancs du Morgans qu’on retrouve des salles de bains jusque dans les ascenseurs. Pour le spa Anne Fontaine, par exemple,c’est l’eau qui a été le fil conducteur ainsi que certaines créations évoquant la marque comme le coton entre deux plaques de verre. Ce fameuxfil d’Ariane permet de ne pas partir dans toutes les directions.

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Article publié le 21 janvier 2010

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