Interview Pierre Paulin

Francis Blaise : Vous avez 80 ans, l’allure d’un jeune homme et aujourd’hui après une traversée du désert médiatique, la presse vous encense, le Mobilier National vous a organisé une grande exposition. N’avez-vous pas l’impression de renaître ou d’être enfin consacré ?

Regretté Pierre Paulin...

Pierre Paulin : Merci pour l’allure, sans doute le fait d’avoir taillé des arbres pendant plusieurs années et de vivre au grand air.
Quant à être consacré, je crois que ce n’est pas ce qui me motive. Par contre, dessiner encore des produits nouveaux et être apprécié par une nouvelle clientèle est très agréable. De là à parler de renaissance !


Francis Blaise : Comment vous est venu l’idée d’être designer ?
PP : Je voulais être sculpteur, puis céramiste, mais j’ai eu le sentiment très profond de ne pas être un artiste, donc je me suis orienté différemment. Il est important que je vous rappelle qu’un de mes grands oncles, Freddy Stoll, était sculpteur et qu’un autre était ingénieur-inventeur : Georges Paulin. On lui doit entre autres, le toit qui rentre dans le coffre des voitures baptisé « éclipse » et qui vient d’être repris par Peugeot. Il a déposé de nombreux projets dans le domaine automobile dès les années 1927. De cet héritage, j’ai pris le côté design.
Après un accident qui a rendu ma main droite difficilement utilisable, j’ai suivi les cours de l’école Camondo où j’ai appris à « trousser » les styles et cela m’a toujours servi dans mon métier.

FB : Sinon, qu’auriez-vous aimé faire ?
PP : Si je n’avais pas été designer et si j’avais fait des études (mais j’étais très mauvais élève), j’aurais aimé être architecte.

FB : Comment vous définissez vous ?
PP : J’ai eu la possibilité de m’exprimer dans tous les champs du design, beaucoup dans le mobilier ou j’ai eu la chance de travailler des matériaux nouveaux à un moment où la société évoluait beaucoup dès les année 55, avec Thonet France et Artifort en Hollande.
Dans l’agence que j’ai créée avec mon épouse, Maïa, j’ai pu aborder le design industriel en équipe pour des marques comme Calor, Tefal, Allibert, Stamp et même PSA. Nous avions des équipes qui œuvraient dans l’identité visuelle, le graphisme et le conditionnement en s’appuyant sur des études sérieuses. C’est un peu nous qui avons été les précurseurs du « Design Management ».

FB : Quelle place pensez vous occuper dans l’univers du design ?
PP : Je n’en sais rien. Je n’ai jamais fait partie d’une école ou d’un mouvement. Finalement je suis plutôt solitaire. J’ai toujours mis beaucoup de passion et de savoir-faire dans mes créations. Je crois que c’est le regard du public qui est important pour les produits largement diffusés.
Je n’ai jamais su où allaient les meubles que je dessinais. Ce n’est que très récemment et grâce à l’amitié d’Azzedine Alaïa, de Carla Sozzani et du galériste Didier Krzentowski que je me suis rendu compte que je comptais de nombreux amateurs... On s’arrache aussi mes « vintage » comme on dit sur Internet. J’en suis très heureux et très agréable surpris.

FB : Quand on regarde vos créations, on s’aperçoit que vous n’avez jamais sacrifié le confort à la forme…
PP : Quand on parle de fauteuils, de canapés, la moindre chose si on fait ce métier correctement est de penser au confort. C’est sans doute un lieu commun de dire qu’un siège est fait pour s’asseoir même si certains semblent l’oublier parfois. J’ai toujours pensé que la technique choisie impliquait un aspect que j’aime rendre aussi sympathique et confortable que possible. J’ai une faculté que peu de mes collègues ont : celle de concevoir mes meubles directement en trois dimensions et de les faire tourner dans ma tête. Cela me donne une grande liberté d’expression par rapport à d’autres qui travaillent avec leur équerre sur une planche à dessin. Ceci doit expliquer les formes rondes et libres de mes créations.

FB : Quelle est votre matière préférée ?
PP : Cela dépend du travail à faire. Mais j’aime le bois, le cuir, les textiles, les matières synthétiques.

FB : Votre couleur préférée ?
PP : Contrairement à hier ou j’aimais les bleus Klein, les oranges aujourd’hui. C'est une couleur douce, comme celle que l’on peut trouver dans la mer du Nord, les vert d’eau, les gis bleu…..

FB : Où trouvez vous votre inspiration ?
PP : Souvent une rencontre imprévue, une forme prise au hasard peut inspirer un développement : un papier plié, un caillou, un bois flotté…

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Article publié le 30 avril 2011

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