chaux grasse, perméabilité à la vapeur d'eau

Discussion dans 'Travaux / Gros oeuvre' créé par PATOU9, 12 Novembre 2007.

  1. PATOU9

    PATOU9 Nouveau membre

    Bonjour à tous,

    j'ai remarqué que sur les paquets d'enduits du commerce parexlanko ou weber et broutin, il est question de chaux grasse. On me dit qu'il sont préformulés, prêts à l'emploi, pour les façades en particulier et que ces enduits sont respirants. Qu'est-ce donc que cette chaux grasse ? Il n'en est pas question dans la fiche que j'ai trouvée sur ce site où il est dit, en plus, qu'il vaut mieux se méfier de ces produits là.

    Merci pour le complément d'information.
     
  2. arno

    arno Arnaud Sellé

    Bonjour,

    En effet, le gros problème c'est que les fabricants de ces enduits n'indiquent jamais la perméabilité à la vapeur d'eau.
    On vous vend des peintures acryliques comme respirantes et comme tout est relatif, on ne peut pas dire que c'est faux.

    De plus cette notion de parois respirantes est assez difficile à manipuler car il ya de nombreuses façons de faire et des unités pas très sympathiques à comprendre. En voici un petit résumé :

    pi (ou π) : perméabilité à la vapeur d'eau
    C'est une caractéristique du matériau, donc indépendante de l'épaisseur. Elle est exprimée en kg/(Pa.m.s)

    La perméabilité de l'air a la valeur suivante :
    C = pi(air) = ~1.85e-10 kg/(Pa.m.s)

    mu (ou µ) : coefficient de résistance à la diffusion de vapeur d'eau
    C'est une caractéristique du matériau, donc indépendante de l'épaisseur. Elle est sans unités car il s'agit de la perméabilité relative par rapport à l'air.
    mu = C/pi

    Les valeurs de mu sont toujours supérieures à 1.

    Rd: résistance à la diffusion de vapeur d'eau,
    Elle dépend de la nature et de l'épaisseur e du matériau et est exprimée en Pa.m².s/kg

    Rd = e*mu/C = e/Pi (analogie avec la résistance thermique des matériaux R=e/λ)

    Sd ou µd: épaisseur de lame d'air équivalente,
    C'est en fait la résistance relative par rapport l'air.
    Elle dépend de la nature et de l'épaisseur e du matériau et est exprimée en m

    Sd = mu*e = Rd * C

    A noter également Pd ou P ou W: perméance, qui est l'inverse de Rd et qui est exprimée en kg/(Pa.m².s)

    Chaux et Ciment

    Notre bibliothèque de matériaux indique les valeurs de µ pour une centaine de matériaux.

    Par exemple le µ d'un enduit à la chaux est de 7 alors que le µ d'un enduit au ciment est de 25.

    En supposant que l'enduit ait une épaisseur de 2 cm,
    - le Sd d'un enduit chaux est de 0,14m (un enduit chaux freine autant la migration de vapeur d'eau que 14cm d'air)

    - le Sd d'un enduit ciment est de 0,50m (un enduit chaux freine autant la migration de vapeur d'eau que 50cm d'air). Il est donc nettement moins respirant qu'un enduit chaux.

    Parmi les catalogues des marques que vous avez citées, on ne trouve qu'un seul produit qui indique une valeur chiffrée et exploitable. C'est un enduit hydrofuge "lankostop" et non un enduit de parement.

    Sa perméabilité à la vapeur d'eau exprimée en épaisseur d'air équivalente SD est de 1,17 m

    Tout ça pour dire que cela ne répond pas directement à votre question :-( mais cela vous permet d'appeler les services clients de ces fabricants pour leur demander les bonnes infos.

    Si par ailleurs vous avez le site où vous avez trouvé la fiche, merci de nous en faire part.
     
  3. Calypso

    Calypso Monique Cerro

    Bonjour,

    en tous cas, arno, le rapport de 0,14 à 0,50 est très parlant !

    il me semble, arno, que patou9 parle de la fiche "chaux aérienne ou hydraulique"
    qui se trouve sur ce site même :))) où, en effet, le terme de chaux grasse n'apparaît pas... et où il est question des enduits préformulés ;)

    En simplifiant (parce que les terminologies dépendent de facteurs techniques très nuancés), on dira que la chaux grasse, c'est de la chaux aérienne. On peut aussi parfois trouver le terme "fleur de chaux" au lieu d'aérienne, qui serait la partie la plus fine de la chaux après extinction. Mais ces dénominations sont fort peu employées... et on se contente la plupart du temps de différencier CL et NHL.

    La chaux aérienne est en général préconisée en intérieur du fait de sa difficulté à gérer un surplus d'humidité. On peut l'envisager à l'extérieur en enduit de finition, puis en badigeon. Elle y favorise d'ailleurs l'évacuation de la vapeur d'eau du mur, vers l'extérieur, puisqu'elle est plus perméable à la vapeur d'eau que sa consoeur la NHL.

    Les produits dont tu parles sont adjuvantés de liants hydrauliques (dont on ne connait pas toujours l'exacte composition d'ailleurs, ni non plus leur proportion dans le mélange... ) qui permettent théoriquement à l'aérienne de gagner en hydraulicité et par là même d'être posée en extérieur.
    Je dis théoriquement s'il ne s'agit pas de ciment, bien sûr, parce que sinon les qualités respirantes de la chaux sont sérieusement compromises. D'autant plus qu'ils sont aussi parfois agrémentés de résines synthétiques (des plastifiants donc) leur permettant d'adhérer sur des supports autres que chaux.

    Voilà pourquoi, lorsqu'on le peut, il vaut mieux faire avec des mortiers "faits maison". Non seulement on sait ce qu'on y met mais, détail de taille, c'est bien plus économique !
     
  4. Gilles Gauthier

    Gilles Gauthier Gauthier Distribution

    Bonsoir,

    Quel est donc votre avis sur cette définition précise de Wiikipédia:
    * grasse (pas d'argile, donc abondance proportionnelle du liant, ce qui correspond à la définition du gras).
    Elle augmente au contact de l'eau, ne se combinant pas à celle-ci, ne la retenant en aucune manière : l'argile, jouant le rôle d'agent de liaison avec l'eau est ici absente. La chaux grasse ne se combine qu'à l'air, d'où l'appellation de "en émulsion avec les huiles à peindre, mais surtout, très couramment, avec de la caséine et en badigeons.* ou maigre (présence d'argile, de silice). C'est la "chaux hydraulique".
    Elle s'utilise étendue d'eau, comme enduit (blanc de chaux) pour les peaux et en agriculture, mais aussi bien sûr dans le domaine de la construction (voir ciment et béton). Elle est traitée par action de l'eau sur une variété particulière de chaux vive chargée d'argile cuite (donc maigre).
    Elle réduit moins à la prise que la chaux grasse. Par contre, on mentionne une coloration blanche apparaissant au séchage. La chaux maigre est dite hydraulique parce qu'elle est capable de durcir même en présence d'eau, voire dans l'eau.
    Les premières études poussées sur la chaux hydraulique ne dateraient que du XIXème siècle (Vicat et Johnson).

    Dans l'attente,
    Cordialement.
     
  5. PATOU9

    PATOU9 Nouveau membre

    Bonjour,

    oui, en effet, je parlais bien de la fiche en question calypso. Mon intention n'était pas d'entrer dans des détails techniques qui sont certainement intéressants, mais pas pour le simple bricoleur que je suis.
    Je ne suis qu'un particulier sachant ce qu'il vaut mieux se procurer comme matériaux pour enduire un mur en pierres. Et puis, étant allé sur wikipédia pour d'autres informations , je sais aussi que les articles sont souvent sujets à caution.

    Merci pour le complément d'information à la hauteur de mon attente.
     
  6. Calypso

    Calypso Monique Cerro

    Bonsoir,

    avec plaisir patou9...

    En effet, gilles gauthier, je lis bien, malgré ce bleu ciel qui ne facilite pas la lecture et la syntaxe assez complexe de cet extrait de wikipédia: "...ou maigre( présence d'argile, de silice ). C'est la chaux hydraulique." N'oublions pas que wikipédia offre des articles créés par les internautes qui glanent souvent leurs infos sur le net et parfois avec des erreurs... Et ce ne sont pas tous de bon rédacteurs.

    Car la chaux grasse est bien de l'aérienne, et dès qu'elle contient des argiles et de la silice, elle est nommée "chaux maigre". C'est déjà une simplification puisque qu'elle contient aussi du fer, de l'aluminium et parfois quelques autres composants (dont je vous fais grâce pour ne pas alourdir ce post déjà copieux). C'est celle qui est, de nos jours, nommée chaux hydraulique.

    La caractérisation des chaux faite par Vicat est déterminée en fonction de la quantité d'eau absorbée pour une masse de chaux vive lors de son extinction. Vicat donne même une appellation intermédiaire à une chaux qu'il nomme "moyenne". Mais on a simplifié (pardon pour le manque de nuances qui n'est pas de mon fait) en chaux grasse et maigre.

    voici donc extrait du bouquin "Techniques et pratiques de la chaux" de l'Ecole d'Avignon aux éditions Eyrolles:

    - un extrait tiré de la page 32: " ...les chaux les plus grasses correspondent aux chaux aériennes, elles nécessitent une grande quantité d'eau pour leur extinction. Au contraire, les chaux les plus maigres correspondent aux chaux hydrauliques naturelles. Leur extinction demande seulement une à deux fois leur poids en eau"
    - de leur glossaire : à "chaux grasse : voir chaux aérienne. "


    Extrait du bouquin de Julien Fouin: La chaux naturelle : décorer, restaurer et construire Editions du Rouergue

    - page 22, à la rubrique chaux aérienne :
    "Dans le monde du bâtiment, on utilise souvent le terme de chaux grasse pour définir cette catégorie en raison de l'onctuosité qu'elle procure aux mortiers. En revanche, dans le commerce on la trouve sous l'appellation de CL 90 qui correspond à la norme européenne pour les chaux calciques hydratées. "
    - dans son lexique à chaux grasse on lit : " il s'agit d'un autre nom donné à la chaux aérienne en raison de.... mortiers" (voir plus haut ).

    Extrait du fascicule "La chaux" aux éditions "Pisé, terre d'avenir" de Jacky Jeannet, Bruno Pignal et Pascal Scarato, il est écrit, page 7:

    " En 1813, les travaux de Louis Vicat permettent la définition de l'indice d'hydraulicité. Il identifie:
    a) la chaux aérienne grasse dont le calcaire d'origine est parfaitement pur et dont la prise se fait par la présence à l'air, dite donc chaux aérienne.
    b) la chaux maigre dont le calcaire contient des impuretés et dont la prise se fait de façon notable en présence de l'eau, dite chaux hydraulique".

    J'espère que patou9 ne se sera pas trop ennuyé à lire ces données techniques... :)
     
  7. Gilles Gauthier

    Gilles Gauthier Gauthier Distribution

    Bonjour,


    Et merci de faire part de vos connaissances et de communiquer les copier/coller issus de vos recherches.
    Concernant le lien de l'école d'Avignon Glossaire sur la Chaux dans le batiment
    il est tout aussi raisonnable d'avoir une autre lecture et une autre interprétation.
    Car en étant moins selectif sur les "extraits",on peut y lire aussi:
    Selon la nature du calcaire utilisé, la cuisson permet la fabrication (voir en annexe Technologie de fabrication) de plusieurs types de chaux :
    -chaux aérienne, provenant d'un calcaire pur
    -chaux magnésienne, provenant d'un mélange de calcaire et de carbonate de magnésium
    -chaux hydraulique, provenant d'un calcaire argileux.

    Par contact avec l'eau, ces corps vont former des hydrates insolubles qui confèrent au liant un caractère hydraulique. Les proportions d'alumine et de fer sont très faibles (dans les liants blancs, les teneurs en fer sont inférieures à 0,1 ou 0,2%). Le phénomène de prise hydraulique est donc essentiellement dû à la réaction entre le CaO et les silicates. Par la suite, au contact de l'air humide, la chaux et les hydrates ainsi formés vont se carbonater (avec le gaz carbonique de l'air) pour redonner le carbonate de calcium et la silice d'origine. Cette réaction prend plusieurs mois : c'est la partie aérienne de la prise.TYPE DE CHAUX Volume d'eau = H2O Quantité de chaux vive CaO Chaux grasse 2,6 à 3,6 Chaux moyenne 2,3 à 2,6 Chaux maigre 1 à 2,3 Vicat,le premier semble t-il à établi un classement "normalisé" des chaux.Il n'en demeure pas moins,qu'à consultation des ouvrages qui traitent du sujet que le type de chaux est bien fonction de la nature du calcaire extrait.
    Qu'il y ait classification pour que le consommateur s'y retrouve et quant à une utilisation plus appropriée est une chose.,mais la question initiale de Patou9 portait sur la chaux grasse.
    Pour en respecter la termonologie ,revenons en encore aux excellents conseils de l'école d'Avignon:
    Sur le plan des performances de nombreuses différences mériteraient la mise en place d'études spécifiques ; en effet on remarque que : La chaux en pâte carbonate beaucoup plus rapidement qu'une chaux aérienne en poudre (ce qui permet une mise hors intempérie des ouvrages plus rapides) et produit de meilleures résistances. On peut supposer que la meilleure carbonatation de la chaux en pâte peut avoir comme origine l'absence de carbonatation lors de l'opération d'extinction. Sous l'eau à l'abri de l'air, cette réaction n'anticipe pas la prise. Par ailleurs, la finesse de la chaux obtenue, la présence de gels colloïdaux sont autant d'éléments qu'il faudrait étudier.La chaux en pâte mélangée à l'eau ne sédimente pas contrairement aux laits de chaux fabriqués avec une chaux en poudre.La chaux en pâte produit les mortiers les plus gras, les plus souples, et permet la mise en place de finitions serrées (lissée à la truelle, stuquée...) avec aisance.
    Depuis quelques années la ré-découverte de ces différences a conduit certains industriels à diffuser de telles chaux aériennes en pâte, et l'on ne peut que s'en réjouir notamment pour la réalisation de laits de chaux, d'enduits pelliculaires ou l'inconvénient du mélange, du dosage, est très largement compensé par la qualité des rendus et de la mise en oeuvre. Attention toutefois aux chaux en pâte réalisées avec des chaux en poudre remouillée, la qualité améliorée par rapport aux poudres n'atteint pas celle des chaux en pâte provenant d'une extinction avec excès d'eau.

    On peut aussi noter que certains utilisateurs avertis font part sur differents forums qu'il associent avec satisfaction et réussite de la NHL et de la CL (en proportions variable) concernant la réalisation d'enduits.
    Cordialement

     

Partager cette page