Avrilly : sous le signe de l’eau

Au milieu des prairies encloses de la Sologne bourbonnaise, le château d’Avrilly est une gentilhommière hérissée de tourelles, un peu perdue au milieu d’un vaste domaine qui longe la Nationale 7, au nord de Moulins.

Le château et la porterie XVII°
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Oublié ce temps lointain où Guillot Constans, alors trésorier général du Bourbonnais, reçut de Charles 1er de Bourbon, en 1436, l’autorisation d’édifier “ un château, maison forte et basse cour entourée de fossés ” dans un domaine de plus de 500 hectares, au milieu de forêts et d’étangs …Par le jeu des ventes et des alliances matrimoniales, parc et château évoluent selon les modes et les orientations voulues par les propriétaires successifs. En 1873 il s’agit du comte de Tournon, père de l’actuelle propriétaire, la Comtesse de Chabannes : une personnalité exceptionnelle ! C’est l’époque, fastueuse pour Avrilly, où l’architecte Jean-Bélisaire Moreau procède à des agrandissements du château ; le comte de Tournon entreprend aussi de faire assécher les marécages qui entourent le château depuis les origines, lui donnant son nom d’Avrilly (qui lui vient d’avrillage, zone marécageuse). Le parc, réapproprié en 1903 par l’architecte paysagiste Achille Duchêne à l’emplacement des douves, allie l’élégance d’un jardin à la française à l’atmosphère romantique d’un parc à l’anglaise. Bien connu par des réalisations remarquables menées avec son père, Henri Duchêne, telles que Vaux-le-Vicomte, Champs-sur-Marne, Courance, ou encore le château de la Verrerie au Creusot, il est à l’origine d’un genre nouveau dans l’art des jardins qui combine jardin mixte, architecture, art paysager et art horticole.

L’eau est très présente à Avrilly, sous forme de sources et d’étangs. Grâce à Achille Duchêne, digne héritier de Le Nôtre, la voilà domestiquée et emprisonnée sur quatre niveaux dans sept grands bassins qui se succèdent d’Est en Ouest. A l’occident : un jardin en terrasse, structuré par des allées mordant la pelouse de figures géométriques ponctuées de buis taillés en obélisques, et entouré de douves ; de l’autre côté, en prolongement de la façade Est, un système élaboré de canal, de bassins et de douves donne accès au parc paysager. Ces ouvrages de digues, de margelles et de bassins forment un ensemble remarquable et donnent à ces jardins leur originalité.

Le meilleur endroit pour bénéficier d’une vue globale du parc est de grimper tout en haut des combles qui coiffent le donjon central, au risque de déranger les pigeons, les seuls maîtres de ces lieux. La montée peut être acrobatique mais la récompense est au rendez-vous. Le regard englobe tout à la fois le jardin tracé, les bosquets d’arbrisseaux, l’étang et l’alignement des allées qui ouvrent de grandes percées en direction du Val d’Allier et du bocage bourbonnais. Au sol, rien d’évident. Que se cache-t-il derrière les deux petits pavillons et l’élégante grille d’entrée ? Les différents éléments du décor se dérobent et apparaissent au regard par un jeu de découvertes assez subtil : celle des communs, dont on ne soupçonne pas la présence en venant de l’extérieur, suivie de celle du château proprement dit et de la succession des bassins, à l’arrière du bâtiment principal.

Une promenade dans le parc ménage aussi d’agréables surprises et permet de remarquer au passage quelques arbres centenaires : des cèdres, essentiellement, mais aussi un liquidambar (connu en Orient, au XIXème siècle notamment, pour son baume parfumé qui servait à confectionner un lait de beauté pour les dames) et un tulipier de Virginie, une espèce qui vit rarement aussi longtemps dans nos contrées. L’harmonie naît de l’alliance des modelés et des courbes, de la répartition des masses végétales, sombres ou clairsemées, dont la texture, la densité et les coloris varient au fil des saisons. Ici, quelques bouquets de cyprès chauves ou de conifères, en avant du château, un alignement de tilleuls… un peu plus loin, le chêne des marais côtoie le hêtre pleureur, le cèdre du Liban et l’érable palmé.

Actuellement, ces émotions champêtres ne sont réservées qu’à quelques privilégiés, invités par la famille de Chabannes. Mais de grands projets sont à l’étude, notamment l’aménagement des communs qui pourraient avoir désormais une vocation culturelle et touristique, aux portes du Pays des Bourbons. Une partie des jardins devrait alors être ouverte à la visite. C’est ce qu’on peut souhaiter de mieux à ce beau domaine, né de l’imagination fertile d’Achille Duchêne, cet “ inventeur de jardins ” qui pratiqua très largement son art en Europe et jusqu’en Amérique !


Extrait de « Les plus beaux jardins d'Auvergne », par Marie-Claire Ricard et Caroline Drillon
Editions Sud Ouest 35 €
www.editions-sudouest.com
Article publié le 18 février 2010

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