Jardin de La Chassaigne : le jardin de charme par excellence

Passé la maison, il suffit d’un pas pour que le paysage change, d’un pas pour se détourner d’une lumière banale et blonde et recevoir, sur les paupières, la chaleur d’un soleil vert, filtré par un rideau de feuillages qui masque sa couleur véritable sans faire obstacle à sa clarté. Un treillis de feuilles et de fleurs sur une armature verticale et cachée ruisselle jusqu’au sol. Des panneaux mobiles de verdure s’ouvrent et se ferment sous le souffle du vent, voilant et dévoilant d’autres architectures végétales, des pans de ciel intermittents, des pelouses épaisses et morcelées cernées de haies que l’on croit hautes et impénétrables.

Le bassin de la cour d'honneur
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Celui qui aime les jardins épais, denses, touffus et d’une sauvagerie rassurante, vénérera celui du château de la Chassaigne. Il est l’atout majeur de cette demeure de belle taille qui possède ses lettres de noblesse puisque une première mention du fief fut faite en 1251. L’un de ses anciens propriétaires s’attacha au paysage qui entourait la maison et délégua ses pouvoirs à un jardinier, qui distribua les pleins et les déliés de ce paysage, conçut les bassins et construisit les terrasses. On sait en effet qu’il existait auparavant, probablement au XVIIIe siècle, un parc autour du château. Une peinture en témoigne, qui montre une belle ordonnance de parterres, divisés par une allée bordée d’arbres taillés en boules.

Mais un jardin survit rarement à la disparition de ses mentors. Rendu à l’état de jungle, celui-ci dut attendre l’arrivée, dans les années 80, de ses nouveaux propriétaires pour renaître de sa friche. Il hérita par chance d’un couple amoureux des jardins anglais, de leur débauche de plantes et d’arbustes, des charmilles et des treilles, des chambres de verdure et des massifs de rosiers. L’ordonnancement archéologique du lieu fut respecté, qui organise le parc autour d’une longue allée de gravier couverte d’arceaux et de tonnelles, bien sûr des tonnelles, il faut bien des perchoirs pour les treilles. Une impolitesse salutaire vous pousse alors à fausser compagnie aux propriétaires, pour s’accaparer le jardin pendant une heure, juste une heure s’il vous plaît.

Et c’est dès lors dans une solitude heureuse que l’on peut flâner, errer, vagabonder, voilà un joli mot vagabonder, suivre l’allée ou s’en éloigner, faire semblant de s’égarer pour franchir l’entrée de l’une des chambres de verdure. Une entrée qui n’est ni défendue, ni gardée. Tout au plus a t-on l’impression en se faufilant dans l’ouverture de la haie, d’interrompre la méditation de l’angelot qui habite le lieu. On ressort silencieusement, en réprimant le geste de repousser un rideau invisible, et l’on reprend le pas du promeneur, pour aller un peu plus loin, jusqu’au jardin chinois, sa pagode et son parterre jardiné qui s’est installé en contrebas, près d’une pièce d’eau.

Et puisque nous voici rendus au bout du monde, et au bout du jardin, il ne reste qu’à faire demi-tour, et à repartir le long de l’allée, en s’amusant cette fois-ci, comme dans les images d’Epinal, à repérer les éléments partiellement dissimulés dans le paysage, des jarres anciennes reconverties en pots de fleurs, une fontaine ou encore la vaste corolle d’une fleur perchée en hauteur et qui se transforme en calice pour déverser sur votre tête une pluie de rosée patiemment recueillie au petit matin. C’est bien fait, il ne fallait pas l’effleurer.

Il y a aussi toute la faune semi-sauvage, à demi-apprivoisée qui a pris possession du lieu, les cygnes et les paons, et toute la petite population agitée des oiseaux des prés, des oiseaux des champs, de la mésange et de l’hirondelle qui fuit à mon approche et se pose loin, très loin, sur la branche d’un arbre, derrière une feuille large et vernissée. Et c’est cette belle alliance entre l’animal et le végétal qui, au final, signe la meilleure définition que l’on pourrait donner à ce jardin : celle d’un enclos où bêtes et plantes trouvent naturellement leur place et qui dispense la plus belle leçon qui soit, à savoir qu’il n’existe d’autres limites que celles que l’on se fixe et que l’on peut, moyennant un bout de terrain et pas mal d’heures de travail, avec le secours des arbres et des fleurs, se construire un paysage, un paradis de verdure à la seule mesure de ses désirs.


Extrait de « Les plus beaux jardins d'Auvergne », par Marie-Claire Ricard et Caroline Drillon
Editions Sud Ouest 35 €
www.editions-sudouest.com
Article publié le 18 février 2010

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